Legolasda’s Weblog

octobre 28, 2007

CCPP (Cahier Critique Permanent et Pertinent). Episode 4

Classé dans : Cinéma — legolasda @ 4:10
Tags: , , , , , , , ,

Une seconde partie de soirée plus inoubliable. Je retrouve mon Joe Pesci (plus blond vénitien que brun sicilien, après mure réflexion) accompagné d’un deuxième larron à la taille injustement peu révélatrice de sa grandeur d’âme. Un nouveau « trio de cinéma », donc, pour découvrir ce nouveau Halloween version Rob Zombie. L’histoire, est-il vraiment besoin de la rappeler étant donné que l’original de Carpenter s’impose comme le maitre-étalon du slasher tel que nous le connaissons ? Tentons quand même ; Michael Myers est emprisonné à l’age de 10 ans dans un hopital psychiatrique tout simplement pour avoir massacré la moitié de son arbre généalogique. 17 ans plus tard, il s’échappe au grand dam de son psy (Malcolm McDowell, Coooool) et du sheriff de sa ville d’origine (Brad Dourif, Cooooool).

robzombieshalloween-aff.jpg

Un article, constellé de spoilers donc, et ne croyez y échapper si vous avez vu l’original, car, c’est tout l’interêt de la vision de Rob Zombie, la version de 2007 s’en écarte légèrement, non pas en modifiant l’intrigue, bien au contraire, en l’enrichissant considérablement.
Carpenter était dans l’épure, il était le pionnier d’un genre qui allait s’épanouir considérablement dans les années 80 pour virer sur la pente parodique durant les années 90. C’est un slasher de base qui débarque sur les écrans en 1978, avec les petites ficelles qui feront loi par la suite, à savoir une montée de l’angoisse tout ce qu’il y’a de plus graduelle, un meurtrier aux motivations mystérieuses voire inexistantes et une inspiration très De Palma dans cette jouissance du voyeurisme pour la jeune demoiselle américaine de classe moyenne. Rob Zombie n’a pas besoin d’intégrer ces éléments, il les avait déjà joyeusement détournés voire malmenés dans La Maison des 1000 Morts, elles font partie intégrante de son univers, mais aussi de l’inconscient collectif de toute une génération.

3767robzombiefullrob-zombie-rolling-stones-cover-posters.jpg

Sa démarche est intéressante dans le sens où son Halloween trace une ligne B totalement indépendante de la ligne A de l’original. Elles partent d’endroits différents mais se rejoignent de façon troublante durant toute la seconde partie du film, on y reviendra plus tard.
Ca commence comme un film de Rob Zombie, une famille de hippies ascendant Charles Manson qu’on dirait tout droit sortis de  (l’aspect sympathique en moins), le précedent film du réalisateur. père odieux et buveur de bière, mère strip-teaseuse et grande sœur allumeuse aux mœurs peu reluisantes. C’est ce qui m’effrayait un peu avant de voir le film. Cette nécessité d’inventer un contexte à la naissance du Mal. Zombie parvient heureusement à éviter cet écueil en traitant avec un mystère brumeux la personnalité du petit Myers. Dans ce role pour le moins pas facile, le jeune Daeg Faerch évoque une reproduction miniature de Michael Pitt version Cobain, Il est l’incarnation rock’n roll et nihiliste d’un Mal qui ne s’explique pas, qui existe, un point c’est tout. A partir de là, on pourrait penser que la version ne fait pas sensiblement avancer le schmilblick d’un point de vue purement thématique ? Que nenni. Un apparent détail rend la vision du Halloween de Zombie infiniment plus intéressante que le simple slasher de Carpenter. Une trouvaille scénaristique plus que brillante qui justifie tout le remake. Durant le massacre du début, filmé viscéralement avec fascination et longueur, à l’inverse du fameux plan-séquence introductif de l’original, le jeune serial-killer épargne deux personnes : sa mère, absente pour cause de strip-tease, et sa petite sœur sagement restée à l’écart des effusions de sang dans son petit parc. Candeur de l’enfance, admiration devant la virginité, l’absence de vice, de méchanceté. La mère se suicidera pendant l’internement de son fils (superbement campée par l’épouse du réalisateur, soit dit en passant, Sheri Moon Zombie, présente dans tous ses films). Et le retour de Michael Myers dans sa ville d’origine à la suite de son évasion, trouve ici cette justification : revoir la petite sœur devenue grande, adoptée depuis par une famille tout ce qu’il y’a de plus respectable, gentil et démocrate à quelques pâtés de maison de la demeure originelle. Comme je le disais précédemment, la réussite d’un film tient dans un certain équilibre. Si Zombie ne donne pas d’explications claires et précises quant à l’origine du mal, il prend l’initiative de laisser au spectateur des pistes intéressantes (le contexte famillial craignos, l’éprouvant internement psychiatrique beaucoup plus développé dans cette nouvelle version) tout en se gardant bien d’apporter des réponses claires et précises, tout en conservant précieusement cette notion typiquement Carpenterienne de Mal Absolu surgissant du néant. Equilibre entre analyse sociologique et sensibilité fantastique.

halloween_zombie_2.jpg

La deuxième partie du métrage apparaît plus ennuyeuse pour quiconque connaît déjà l’original. Mais, une fois de plus, il n’en est rien. Zombie dissémine avec parcimonie les clins d’œil à l’original (le passage télé de la Chose de Howard Hawks réitéré à deux occasions à 17 ans d’écart, illustrant parfaitement le pont entre deux époques qu’incarne le film), sans oublier d’y insuffler son style brut de décoffrage malmenant les phases de tension en les distordant à sa guise, jubilant à faire apparaître son mythique serial killer au moment qui est VRAIMENT le plus inattendu. Le Tarantino du Gore, comme je me plais à l’appeler (on a les plaisirs qu’on peut), s’amuse comme un petit fou avec son matériau d’origine, jusqu’à un éblouissant final de poussière et de fracas, dont le jeu de pistes labyrinthiques n’est pas sans évoquer les plus brillantes mises en scène de terreur made in Spielberg.
Au final, la séquence la plus emblématique du film (et aussi la plus terriblement belle), se trouve quelque part dans l’avant-dernière bobine, dans un recoin caché de la maison Myers et du merveilleux climax dont nous fait offrande le petit génie Zombie. La jeune Laurie se réveille dans la ténébreuse cachette de son psychopathe de grand frère. Ce dernier s’avance doucement vers elle, la tension est à son paroxysme… Il lâche son couteau, le déposant presque au pied de la demoiselle, et s’agenouille devant elle. Il ne communique pas, il ne tue pas. Pendant ces quelques instants, inédits, un trou noir, un gouffre interprétatif. Le seul geste social dont Myers est capable, c’est la violence. En ce sens, il se rapproche véritablement de la figure du « zombie » (hé hé) flottant subtilement mais inconstestablement sur toute l’œuvre de Carpenter. Si il ne tue plus existe-t-il vraiment ? Il offre la vulnérabilité de son corps à la seule personne qu’il ait jamais épargnée. Veut-il mourir ? A-t-il une conscience ? Une Ame ?

1161film20070619_132338_3_big.jpg

Oh non, trop de questions pour ma pauvre cervelle vendue à Coca Cola, il est tard et j’ai mal à la tête. En bref, magnez vous de voir ce film, vous y verrez ce que vous voulez voir. Si vous êtes en couple, toi le petit copain, tu seras ravi de te faire massacrer le bras par ta petite copine terrorisée, et toi la petite copine tu seras ravi d’éprouver des sensations fortes et d’éprouver en parrallèle cette délicieuse impression de protection que te procurera le petit copain sus-nommé. Si tu es seul et que tu lis Mad Movies, tu diras que c’est le meilleur film de l’année. Si tu es seul et puriste, tu diras que Carpenter l’avait aussi bien fait avec moins d’esbrouffe. Si vous êtes pleins de copains, vous rigolerez bien en faisant semblant de pas avoir peur, et en vous vantant discrètement auprès de votre voisin d’avoir reconnu telle ou telle référence (« oouaaah t’as vu le T Shirt Kiss ?).
Quant à mois, je suis peut-être un peu tout ça à la fois, mis à part que je ne suis peut-être pas aussi fan de Carpenter que ça… Par contre Rob…

I’m Not There – Todd Haynes

Classé dans : Cinéma, Musique — legolasda @ 4:00
Tags: , , , , ,

La vraie fausse biographie de Bob Dylan par Todd Haynes sort avant la fin de l’année. Et je n’attends plus que ça!

Il faut dire que votre serviteur, qui a toujours été un fan de l’homme aux lunettes noires, est atteint en ce moment de Dylanite aigue, entre écoute attentive de ses merveilleux albums et lecture de l’excellent bouquin de François Bon, qui avait déjà fait un travail remarquable en retraçant la carrière des Stones en 2002. Ces deux livres son hautement recommandés par mes soins bien entendu.

9782226179364.jpg

CCPP (Cahier Critique Permanent et Pertinent). Episode 3

Classé dans : Cinéma — legolasda @ 3:50

Quelques jours plus tard, après une nouvelle session université pas des plus passionnantes, un de mes proches amis, que je ne citerais pas, me propose ce deal avec une verve digne des plus flamboyantes interprétations de Joe Pesci « Ecoute, je dois aller travailler mais je meurs d’envie d’aller voir Halloween ce soir à 20h ». Ok, très bien moi aussi. Rob Zombie est mon idole absolue, et j’essaye d’aller voir ce film très mal desservi sur la capitale depuis des jours (là aussi, pour trouver une VO bon courage…) Mais je fais quoi moi exactement en attendant. Et voilà que mon mafieux sicilien préféré me répond « T’as qu’à aller voir Sa Majesté Minor en attendant… Tu vas voir c’est rigolo ».
Je me soumettais à sa pas si bête imprécation, me rappelant que finalement je n’avais pas grand chose contre Jean-Jacques Annaud et qu’un tel tollé critique ne pouvait être que totalement suspect. Et encore une fois, comment peut-on vraiment critiquer ce film ? On ne peut pas l’encenser non plus, bien sur. Mais pourquoi taper de façon aussi violente et éhontée sur ce qui est original ? Qui sort un peu de l’ordinaire ? Nous ne sommes pas en présence d’un film qu’on analysera dans les cours de cinéma dans 30 ans, à l’inverse des films dont Annaud se prétend l’héritier (Fellini, Pasolini et compagnie), certes. Mais est-ce que c’est honnêtement ce qu’on attend de Jean-Jacques Annaud ? Bien sur que non. C’est un franc-tireur, qui fait ses films incroyablement chers et originaux comme il peut. Quand on veut faire de l’original avec des papas et des mamans ours, ça marche. Quand on met en scène la sodomie d’un homme cochon par un satyre belliqueux et grande gueule, ça marche moins. Et cette greffe entre cinéma populaire, fable, mythologie et paillard, ça ne marche pas du tout. Le spectateur moyen, qui ne s’attend pas à voir un miracle de cinématographie pure quand il est entré de la salle, en a eu pour son argent, rigolant bien aux pitreries d’un trio de vieilles gueules impayables (Rufus – Brasseur – Bideau, il fallait y penser…), appréciant à sa juste valeur un accomplissement technique agréable pour la rétine et se gaussant doucement d’assister à cette incursion de légère subversion au sein du mainstream français.
Et le pire c’est que deux personnes ont quitté la salle (déjà pas bien remplie) avant la fin de la seconde bobine… Il en faut vraiment peu.
sa_majeste_minor_haut.jpg

octobre 22, 2007

LES WHITE STRIPES EXPLIQUES AUX ENFANTS

Classé dans : Musique — legolasda @ 7:35
Tags: , , , , , , ,

Que c’est mignon… Jack et Meg, invités dans une emission pour enfants anglo-saxonne, apprennent à ces cheres tetes blondes l’insondable mystère du Blues du Mississippi… Avec une des reprises préférés du père Jack, John The Revelator…

Que du bonheur!

octobre 19, 2007

Souvenez-vous… C’était il y’a dix ans…

Classé dans : Musique — legolasda @ 2:53
Tags: , , , , ,

Un plaisir absolu…

Tout y’est : le sous-concept de clip, le kitsch, la joie de vivre… Trop choco!

CCPP (Cahier Critique Permanent et Pertinent). Episode 2

Classé dans : Cinéma — legolasda @ 2:39
Tags: , , , , , , , ,

On passera la Vengeance dans la Peau, vu deux fois lui aussi, remarquable conclusion d’une trilogie sans esbroufe mais non dépourvue de talent, de sincérité et de pertinence.

18802314_w434_h578_q80.jpg
Non, le vrai coup de cœur du mois (de l’année), le voici : En Cloque, Mode d’emploi. Que je perde mon étiquette cinéphile sérieux et esthète, je n’en ai absolument rien à foutre, tant que je pourrais voir des films de Judd Apatow je serais heureux. Producteur heureux de géniales comédies avec Will Ferrel, Apatow est devenu en l’espace de quelques mois un réalisateur qui compte à Hollywood après le succès de 40 ans, toujours puceau, et les deux cartons successifs de En Cloque, Mode d’emploi (qui nous intéresse ici donc) et Supergrave (qui sort à la fin du mois en France et qui s’annonce plus burlesque mais tout aussi jouissif). Me voici donc dans une salle des Champs-Élysées, ayant sérieusement bataillé pour trouver une salle qui projette le film en VO, encadré de mes deux fiers compagnons de salle, Lola et Arnaud au deuxième rang, ce qui fait toujours un peu mal à la tête pendant les 5 premières minutes car on doit en permanence bouger les yeux pour voir à la fois les sous-titres et le visage de ces si charmants acteurs.

Les acteurs, tiens parlons-en des acteurs. Seth Roger, bien entendu, m’était inconnu. Bien sûr j’ai reconnu sa tronche, car on les retrouve toujours quelque part dans toute cette nouvelle vague de la comédie américaine. Un caméo dans un film avec Ben Stiller, le buddy de Will Ferrel dans une pantalonnade éhontée, et en quelques années on peut, semble-t-il avoir son petit film à soi. Et espérons qu’il en aura d’autres, l’ami Seth, car il est pour beaucoup dans la réussite de ce petit bijou. Pas franchement hilarant (pourtant y’a du potentiel diront certains devant son physique hilarant), le bonhomme surprend par la tendresse et la douceur qu’il peut laisser sortir de cette carcasse de canadien bourru. Katherine Heigl n’est quant à elle pas totalement étrangère à ma présence dans cette salle du 8ème arrondissement le mercredi de la sortie. J’étais déjà tombé fou amoureux de son naturel maladroit, de ses yeux embués et de sa physionomie généreuse et attachante qui casse avec la Sainte Trinité Spears-Hilton-Simpson (une Jessica d’ailleurs gentiment mais sûrement égratignée dans le film).

18811258.jpg

 

Mais je m’égare… Comment déclamer de la façon la plus pertinente et lisible mon amour pour cette œuvre au titre si ingrat ? … Ah oui… Tout à l’heure nous parlions de 99fr. Et bien, le cinéma, le bon cinéma, le cinéma qu’on aime à voir et à revoir, c’est un peu une question d’équilibre. Un équilibre entre le fond et la forme. Entre ce qui rend un personnage détestable et ce qui le rend attachant. Entre le burlesque le plus pur et le romantisme le plus tendre. En Cloque… C’est tout à fait ça ! On est constamment sous le charme des acteurs, on s’identifie totalement aux personnages, le moindre second rôle est traité avec une tendresse qui fait chaud au cœur, et on ne tombe absolument jamais dans le cliché. Vous croyez que le gros moche fumeur de joint balise parce qu’il n’a pas un corps de rêve ? Tout faux, il s’assume très bien et par pour un trip sous champi à Las Vegas avec son beau-frère… Vous croyez que la charmante animatrice de télévision a honte de son petit copain et que le film raconte sa progressive mais prévisible découverte de la beauté intérieure ? Tout faux encore, elle a des poussées d’hormones démentielles et se comporte comme une tigresse au lit en plein 8ème mois au grand dam du futur papa qui a peur de « toucher le bébé ». Et tout ça, avec une sincerité et une simplicité dont on ne se souvenait même plus de l’existence.

Ce qui frappe en premier lieu, donc, c’est le naturel des situations et leur évolution. La société apparaît non pas comme quelque chose de parfait, mais comme un terrain miné d’injustices certes déplaisantes mais dont on peut tout aussi bien faire fi, pour son plus grand bonheur. Donc, non ! On est pas dans le Diable s’Habille en Prada, ou Anne Hattaway se rend compte au dernier moment de la superficialité dont elle été la victime pendant des mois. Pas de Hugh Grant rattrapant in extremis la femme de sa vie dans les couloirs de l’aéroport. On a pas à grappiller cinq minutes d’hilarité en échange d’une morale lourde et insistante. On a tout simplement sous les yeux, un vrai film, entier, fluide, homogène, sincère et beau.

C’est la Garçonnière de notre époque. Il faudra peut-être quelques années pour affirmer si oui ou non Judd Apatow en est le Billy Wilder, mais ce qu’on peut dire pour le moment c’est qu’il a donné un sacré bon coup à un genre qu’on croyait disparu : La Comédie Américaine, avec des majuscules. Celle de Capra, Edwards, Sturges et bien sûr Wilder. Tout en restant moderne, c’est pas beau ça ?

knocked_up_24.jpg

CCPP (Cahier Critique Permanent et Pertinent). Episode 1

Classé dans : Cinéma — legolasda @ 2:26
Tags: , , , , , , , ,

La vie à Paris n’est pas bien difficile, suis-je forcé de reconnaître. Qu’ai-je fait ces derniers jours, si l ‘on choisit bien sur, de mettre à part mes quelques divertissantes mais vagues escapades universitaires ? Et bien, je suis allé au cinéma. Et c’est donc à la lumière de cette affluence personnelle pas extraordinaire mais néanmoins soutenue, que j’ai trouvé judicieux de faire un point sur cette rentrée cinématographique, prolifique mais pas nécessairement en qualité.

51uooq84nkl_ss500_.jpg

Pour commencer, donc, l’événement du 7ème art hexagonal du mois de septembre. 99fr, l’adaptation par Kounen du livre de Beigbeder avec Jean Dujardin. Equation étonnante et appétissante que celle d’un projet qui a eu le bon goût de se faire désirer, souffrant d’une production chaotique et du désaveu général des chaînes de télévision, principaux producteurs du cinéma français, institution que le film se charge de démonter avec une certaine acuité et un courage on ne peut plus respectable. Car il est bien là le problème de 99fr, on ne peut que sympathiser avec un propos aussi frondeur et détonnant, trop inhabituel dans ces contrées.

Au final ? Dujardin est merveilleux comme à son habitude, et Kounen réutilise avec maestria un passé publicitaire pour cracher dans la soupe avec panache et personnalité. Et ? C’est à peu près tout… Des fulgurances de mise en scène, quelques fous rires et nous y voilà. Un manque de rythme qu’on tente péniblement de cacher derrière une certaine générosité visuelle et sonore. Des influences digérées, certes, mais souvent recrachées avec maladresse dans des scènes de trip pas toujours pertinentes. Un manque de clarté dans le propos. Kounen n’est pas (encore ?) Fincher, et il n’est pas Gilliam non plus. Dans Fight Club, la profusion formelle est proportionnelle à une véritable générosité thématique, philosophique et politique. Las Vegas Parano gagne, lui, au fil des visions : la succession de trips, l’humour et le génie des acteurs ne sont que les pointillés d’une merveilleuse toile impressionnistes peignant l’échec d’une époque, la nostalgie d’une génération.

Kounen était plus intéressant en roue libre dans le désert avec Blueberry. Ce retour à la réalité du cinéma français avec 99fr ne fait qu’illustrer son déphasage le plus total vis-à-vis d’une société qu’il a un peu renoncé à comprendre ou à analyser. Dommage, mais pas tant que ça, car des peloches gauloises de cette envergure chaque semaine dans les salles, et je serais au paradis des cinéphiles…

99-francs-jean-dujardin.jpg

octobre 17, 2007

Les Corrections – Jonathan Franzen

Quel auteur que ce Jonhattan Franzen… Il y’a un vrai souffle littéraire et romanesque dans cette tragédie familliale qui sait si bien retranscrire les enjeux d’une époque troublée. L’auteur nous rappelle qu’il n’y a pas mieux que le naturalisme et que la saga familliale pour arriver à décrire un pays, un contemporain. Proche d’un Zola, Franzen nous compte l’incroyable et intimiste epopée de ces Rougon-Macquart des temps modernes sont l’objet de l’instantanné d’une Amerique en perte de vitesse et d’idéaux.
Le livre raconte l’histoire d’Enid et Albert, honnetes travailleurs du Midwest, et de leurs trois enfants Gary (homme d’affaire arriviste et alcoolique), Chip (professeur de faculté gauchiste et foucaldien) et Denise (chef cuistot à la vie sentimentale compliquée). Dans un globe mondialisé ou les Etats-Unis occupent une place centrale et nevralgique, n’importe quel occidental bercé par la société de consommation depuis sa plus tendre enfance est capable de s’identifier au destin de tel ou tel personnage des Corrections. Franzen ne fait preuve d’aucune tendresse avec son époque, et les moeurs de son pays bouffé par l’obsession du fric et l’addiction aux medicaments. Il fait preuve d’une cruauté similaire envers ses personnages, qu’il regarde se debattre en quête permanente entre leurs ideaux et leurs réalités. Mais c’est la tendresse qui finit toujours par triompher. L’amour ne sauve personne et le bonheur n’est jamais gratuit.
Les Corrections restera comme un classique absolu, une virtuosité naturaliste très XIXeme parfaitement adaptée aux enjeux d’une fiction on ne peut plus ancrée dans son époque. C’est un témoignage brillant et pertinent du désespoir qui peut agiter la civilisation occidentale. Fait remarquable : il a été ecrit avant le 11 septembre et ne s’inscrit donc pas dans cette veine traumatisée de la littérature américaine des années 2000. Il expose froidement et sans concession l’affreux déclin de l’empire américain.

Alien la Resurrection

Classé dans : Cinéma — legolasda @ 10:49

jeanpierrejeunet.jpg Il est bon de revoir de temps à autre le quatrième et ultime opus de la tétralogie Alien. Il nous rappelle à quel point Jean-Pierre Jeunet est loin d’être un mauvais cinéaste. Très loin, même. Il a su reprendre avec talent et ambition les enjeux d’une saga mythique sans tomber dans le ridicule (Fincher n’en était pas loin en 1993, encore loin de la maestria qui fera son génie) tout en apportant les élèments qui font le sel dans son univers onirique, naïf et baroque. Ne comptez pas sur votre serviteur pour tirer sur les merveilleuses réussites artistiques et populaires que furent Amélie et l’adaptation de Japrisot.

Cependant, on ne peut que regretter le Jeunet américain qui savait servir un pur scénario de science-fiction avec humanité et originalité. Alien 4, la parenthèse hollywoodien comme on dit, incarne un pivot dans la carrière de l’ancien employé aux PTT. Entre le pur délire visuel de l’association avec Marc Caro (Foutaises, Le Bunker…, Delicatessen et la Cité des Enfants Perdus) et l’optimisme béat-bouleversant de son retour en terre gauloise, la Resurrection se place un peu là, entre des effets spéciaux délirants et un final d’une beauté renversante. Une enfilade de scènes d’anthologie où le talent si souvent décrié du réalisateur pour la saynète trouve parfaitement sa place.

Une BD des années 80 en somme dans laquelle l’hétérogénéité d’une galerie de personnages parfaitement croquée n’a d’égale que les multiples ruptures de tons qui caractérisent la narration. Le meilleur exemple reste cette scène angulaire du métrage pendant laquelle la Ripley nouvelle génération découvre les clones qui l’ont précédés, les multiples expérimentations ratées et monstrueuses qui ont permit sa résurrection. Dans un accès de rage, elle brûle l’ensemble au lance-flamme. Vertige et dégout Cronenbergiens dominent au fil de cette séquence qui surprend et maltraite le spectateur. Le bodybuildé Ron Pearlman, archétype de l’Action Man hollywoodien relâche l’impression « quel gâchis de munitions… » Rares sont les métteurs en scènes pouvant se permettre un tel écart, d’allier les differentes facettes de l’entertainment en restant parfaitement intègre à leur univers sans aucune volonté de prendre delibérement le spectateur par la main.

alien-4-2.jpg

Scrubs

Classé dans : Séries TV — legolasda @ 9:21

scrubs_season_1_dvd_11.JPG

Scrubs n’est pas exactement la meilleure série du monde. Loin de là, même. Les codes sont grosso modo les mêmes et incarnent cet art fusionné du feuilleton (histoire qui évolue progressivement au fil des épisodes) et du formula show (série dont la structure narrative se répète plus ou moins inlassablement d’un épisode à un autre). Scrubs est donc un pur produit du réseau hertzien etats-unien, et malgré la réjouissante liberté de ton qui caractérise le show, peu d’audaces narratives, formelles ou intellectuelles sont à constater.
Et pourtant, la série est drôle, attachante, bien écrite et bénéficie d’une interprétation soignée. Les personnages sont attachants. Les couples se font et se défont moyennement mais on ressent une certaine jubilation à voir ces beaux, drôles et complexés jeunes médecins évoluer sans jamais véritablement évoluer, retenir inlassablement les mêmes leçons sur le passage à l’age adulte et les prises de responsabilité.

En ce qui me concerne, je suis toujours fasciné par la beauté, non pas seulement des simples personnages, mais des relations entre chacun de ses personnages. Ce n’est jamais dans la création d’une entité fictive que réside le génie. Mais dans les liens qui se tissent entre ses entités, ces mêmes liens qui les font bouger, se remuer, se débattre, se secouer pour finalement les révéler à eux-mêmes. JD, l’interne rêveur gaffeur, tient en admiration son mentor grande gueule, égocentrique et névrosé, le Dr. Cox, modèle de nervosité, tout en sarcasme et en ironie. Le ressort comique naît de l’évidente jubilation devant les constantes remontrances que lui inflige son aîné. Le ressort émotionnel naît de ce non-dit : la tendresse et l’admiration que ressent le Cox pour son petit protégé.

Scrubs est donc une excellente série, un standard plus qu’honorable et qui prouve que même à travers ses aspects les plus mineurs, la série télévisée américaine se porte bien, merci.

Publié sur WordPress.