Une seconde partie de soirée plus inoubliable. Je retrouve mon Joe Pesci (plus blond vénitien que brun sicilien, après mure réflexion) accompagné d’un deuxième larron à la taille injustement peu révélatrice de sa grandeur d’âme. Un nouveau « trio de cinéma », donc, pour découvrir ce nouveau Halloween version Rob Zombie. L’histoire, est-il vraiment besoin de la rappeler étant donné que l’original de Carpenter s’impose comme le maitre-étalon du slasher tel que nous le connaissons ? Tentons quand même ; Michael Myers est emprisonné à l’age de 10 ans dans un hopital psychiatrique tout simplement pour avoir massacré la moitié de son arbre généalogique. 17 ans plus tard, il s’échappe au grand dam de son psy (Malcolm McDowell, Coooool) et du sheriff de sa ville d’origine (Brad Dourif, Cooooool).

Un article, constellé de spoilers donc, et ne croyez y échapper si vous avez vu l’original, car, c’est tout l’interêt de la vision de Rob Zombie, la version de 2007 s’en écarte légèrement, non pas en modifiant l’intrigue, bien au contraire, en l’enrichissant considérablement.
Carpenter était dans l’épure, il était le pionnier d’un genre qui allait s’épanouir considérablement dans les années 80 pour virer sur la pente parodique durant les années 90. C’est un slasher de base qui débarque sur les écrans en 1978, avec les petites ficelles qui feront loi par la suite, à savoir une montée de l’angoisse tout ce qu’il y’a de plus graduelle, un meurtrier aux motivations mystérieuses voire inexistantes et une inspiration très De Palma dans cette jouissance du voyeurisme pour la jeune demoiselle américaine de classe moyenne. Rob Zombie n’a pas besoin d’intégrer ces éléments, il les avait déjà joyeusement détournés voire malmenés dans La Maison des 1000 Morts, elles font partie intégrante de son univers, mais aussi de l’inconscient collectif de toute une génération.

Sa démarche est intéressante dans le sens où son Halloween trace une ligne B totalement indépendante de la ligne A de l’original. Elles partent d’endroits différents mais se rejoignent de façon troublante durant toute la seconde partie du film, on y reviendra plus tard.
Ca commence comme un film de Rob Zombie, une famille de hippies ascendant Charles Manson qu’on dirait tout droit sortis de (l’aspect sympathique en moins), le précedent film du réalisateur. père odieux et buveur de bière, mère strip-teaseuse et grande sœur allumeuse aux mœurs peu reluisantes. C’est ce qui m’effrayait un peu avant de voir le film. Cette nécessité d’inventer un contexte à la naissance du Mal. Zombie parvient heureusement à éviter cet écueil en traitant avec un mystère brumeux la personnalité du petit Myers. Dans ce role pour le moins pas facile, le jeune Daeg Faerch évoque une reproduction miniature de Michael Pitt version Cobain, Il est l’incarnation rock’n roll et nihiliste d’un Mal qui ne s’explique pas, qui existe, un point c’est tout. A partir de là, on pourrait penser que la version ne fait pas sensiblement avancer le schmilblick d’un point de vue purement thématique ? Que nenni. Un apparent détail rend la vision du Halloween de Zombie infiniment plus intéressante que le simple slasher de Carpenter. Une trouvaille scénaristique plus que brillante qui justifie tout le remake. Durant le massacre du début, filmé viscéralement avec fascination et longueur, à l’inverse du fameux plan-séquence introductif de l’original, le jeune serial-killer épargne deux personnes : sa mère, absente pour cause de strip-tease, et sa petite sœur sagement restée à l’écart des effusions de sang dans son petit parc. Candeur de l’enfance, admiration devant la virginité, l’absence de vice, de méchanceté. La mère se suicidera pendant l’internement de son fils (superbement campée par l’épouse du réalisateur, soit dit en passant, Sheri Moon Zombie, présente dans tous ses films). Et le retour de Michael Myers dans sa ville d’origine à la suite de son évasion, trouve ici cette justification : revoir la petite sœur devenue grande, adoptée depuis par une famille tout ce qu’il y’a de plus respectable, gentil et démocrate à quelques pâtés de maison de la demeure originelle. Comme je le disais précédemment, la réussite d’un film tient dans un certain équilibre. Si Zombie ne donne pas d’explications claires et précises quant à l’origine du mal, il prend l’initiative de laisser au spectateur des pistes intéressantes (le contexte famillial craignos, l’éprouvant internement psychiatrique beaucoup plus développé dans cette nouvelle version) tout en se gardant bien d’apporter des réponses claires et précises, tout en conservant précieusement cette notion typiquement Carpenterienne de Mal Absolu surgissant du néant. Equilibre entre analyse sociologique et sensibilité fantastique.

La deuxième partie du métrage apparaît plus ennuyeuse pour quiconque connaît déjà l’original. Mais, une fois de plus, il n’en est rien. Zombie dissémine avec parcimonie les clins d’œil à l’original (le passage télé de la Chose de Howard Hawks réitéré à deux occasions à 17 ans d’écart, illustrant parfaitement le pont entre deux époques qu’incarne le film), sans oublier d’y insuffler son style brut de décoffrage malmenant les phases de tension en les distordant à sa guise, jubilant à faire apparaître son mythique serial killer au moment qui est VRAIMENT le plus inattendu. Le Tarantino du Gore, comme je me plais à l’appeler (on a les plaisirs qu’on peut), s’amuse comme un petit fou avec son matériau d’origine, jusqu’à un éblouissant final de poussière et de fracas, dont le jeu de pistes labyrinthiques n’est pas sans évoquer les plus brillantes mises en scène de terreur made in Spielberg.
Au final, la séquence la plus emblématique du film (et aussi la plus terriblement belle), se trouve quelque part dans l’avant-dernière bobine, dans un recoin caché de la maison Myers et du merveilleux climax dont nous fait offrande le petit génie Zombie. La jeune Laurie se réveille dans la ténébreuse cachette de son psychopathe de grand frère. Ce dernier s’avance doucement vers elle, la tension est à son paroxysme… Il lâche son couteau, le déposant presque au pied de la demoiselle, et s’agenouille devant elle. Il ne communique pas, il ne tue pas. Pendant ces quelques instants, inédits, un trou noir, un gouffre interprétatif. Le seul geste social dont Myers est capable, c’est la violence. En ce sens, il se rapproche véritablement de la figure du « zombie » (hé hé) flottant subtilement mais inconstestablement sur toute l’œuvre de Carpenter. Si il ne tue plus existe-t-il vraiment ? Il offre la vulnérabilité de son corps à la seule personne qu’il ait jamais épargnée. Veut-il mourir ? A-t-il une conscience ? Une Ame ?

Oh non, trop de questions pour ma pauvre cervelle vendue à Coca Cola, il est tard et j’ai mal à la tête. En bref, magnez vous de voir ce film, vous y verrez ce que vous voulez voir. Si vous êtes en couple, toi le petit copain, tu seras ravi de te faire massacrer le bras par ta petite copine terrorisée, et toi la petite copine tu seras ravi d’éprouver des sensations fortes et d’éprouver en parrallèle cette délicieuse impression de protection que te procurera le petit copain sus-nommé. Si tu es seul et que tu lis Mad Movies, tu diras que c’est le meilleur film de l’année. Si tu es seul et puriste, tu diras que Carpenter l’avait aussi bien fait avec moins d’esbrouffe. Si vous êtes pleins de copains, vous rigolerez bien en faisant semblant de pas avoir peur, et en vous vantant discrètement auprès de votre voisin d’avoir reconnu telle ou telle référence (« oouaaah t’as vu le T Shirt Kiss ?).
Quant à mois, je suis peut-être un peu tout ça à la fois, mis à part que je ne suis peut-être pas aussi fan de Carpenter que ça… Par contre Rob…
J’ai en effet eu le bras écrasé par Josépha ! Et j’ai également fait de suite le parrallère avec Micheal Pitt… tu pourras demander à mes compagnons de ce soir-là je n’ai cessé de les gonfler pendant le film. LOL
Mais le fait de le voir à 1h du matin avec une trentaine de personnes venues spécialement pour CE film était trop nostalgique… hihi comme une petite communauté “Michael Myers Team in Bastia”!
La version de Carpenter me parait si fade/intello maintenant ! Dieu sait pourtant si je vénère Carpenter!
J’aurai jamais dû voir un film de Rob Zombie : le reste me fait plus rien now!!!!!
Commentaire par Damien — octobre 28, 2007 @ 4:28
C’est flatteur de me comparer à Joe Pesci… En tout cas bon article, mais Carpenter m’a fait beaucoup plus d’effets. Suggestion, série B et seventies. Je n’en demande pas plus.
Cela n’enlève rien à la qualité du film de Zombie, dans un style différent mais que je trouve moins bien que The Devil’s Rejects, parce que ce dernier contenait justement : série B, seventies, un certain aspect western et son lot de répliques cultes.
A demain.
Commentaire par Joe Pesci — octobre 28, 2007 @ 6:30