Souvenez-vous, c’était il y’a quelques semaines (déjà?), et j’avais le succulent plaisir d’inaugurer ce blog avec un article plutôt bien senti sur Scrubs, mais désormais obsolète. Obsolète, me direz-vous? Et oui, car mon avis sur la série a evolué… On a beau être doté d’un certain amour propre, il n’empèche qu’on est des hommes après tout. Et même que c’est tout ce qu’on est, disait un hypothétique Jack très apprecié parmi les jeunes hommes de notre génération.

Mais je m’égare. Au sein de l’article en question, je qualifiais Scrubs de série certes plaisante mais mineure. Que nenni! Un visionnage intensif s’en est suivi, et une addiction maladive en a émérgé. Difficile de survivre sans sa dose quotidienne de tendresse et d’humour chelou mais jubilatoire. D’autant plus que l’évolution même de la série ne fait rien pour arranger les choses, les relations entre personnages s’intensifiant, les scénariis s’affinant, les calembourgs s’affutant. Votre cher serviteur ayant la chance de n’en être encore qu’à la moitié du visionnage de la totalité de la série (et croyez moi, je ferai durer ce plaisir aussi longtemps que possible), je suis encore en plein dans le truc et par extension j’ai choisi les mots et un personnage en particulier pour crier mon amour à cette petite merveille de sitcom medicale sans rires enregistrés.
Le choix s’offrait à moi. La série fourmille de personnages attachants et nevrosés. Question d’équilibre ici aussi, des névroses grosse comme ça, mais un humour encore plus gros comme ça. On ne s’étonnera pas de voir le médecin en chef docteur Kelso asséner des horreurs absolument inimaginables à ses collègues (ou encore pire à sa femme…) sans que cela puisse porter atteinte à la bonne humeur générale du programme. Croyez-bien que quand j’aurai encore plus approfondi le personnage, j’accorderai à la grande joie de mon cher Joe Pesci, un article tout aussi passionné au Concierge, qui le mérite certainement. Le trio central est tout aussi jubilatoire, là n’est pas la question (on ne se lasse pas des monologues intérieurs de JD, de la black attitude de Turk, et des problèmes psychanalytique d’Eliott). Mais comme il parait qu’on reconnait un bonne fiction à la splendeur de ses seconds roles, c’est à ce cher Docteur Cox, auquel je vais m’atteler.

Après cette fastidieuse introduction (trois paragraphes tout de même), arrivon-en au noeud du problème :
Qui êtes-vous Docteur Cox?
Car, c’est vrai, après tout, qu’est ce qu’on en sait? Les scénaristes ont beau vous mitonner des bons petits moments d’introspection, de sincerité et d’explications concernant votre enfance et votre passif à priori tumultueux, on en reste toujours au même point. Les séances chez le psy s’enchainent. Les conseils eclairés à ceux qui vous ont prit pour modèle, on ne les compte même plus. Il reste toujours chez vous cette inconnue qui fait la grandeur des beaux personnages. D’où vous viennent ces monologues terrifiants de maitrise, de puissance comique, dictés sur un ton monocorde et implacable, de temps à autre infiltré par des purs moments de burlesque facial? Ce cynisme, cette prétention? Vous vous confiez, vous faites preuve d’intelligence et de compassion à chaque épisode. Et pourtant quand le générique du suivant touche à sa fin, vous êtes toujours là, intouchable, inamovible, coincé dans cette blouse de médecin grande gueule à la dentition délicieusement chevaline. Comment faîtes-vous? Pour rendre vos moments de sincerité à chaque fois émouvant et inhabituels alors qu’ils ont lieu si souvent?
Il y’a-t-il vraiment un acteur là-dessous? Petite recherche sur allociné… John C. McGinley… Mon dieu, mais c’est une filmographie tout à fait respectable que je vois là! Un habitué d’Oliver Stone… Platoon, Talk Radio, Wall Street et Né un 4 Juillet… Je suis particulièrement intrigué par ce dernier, étant donné que c’est un de mes films préférés et que je n’ai pas souvenir de vous y avoir aperçu. C’est une experience à faire, vérifier si ce jeu si particulier, que ma nature hyperbolique n’hésitera pas à qualifier d’UNIQUE, a aussi une raison d’être au sein d’un autre univers que celui de celui si balisé de l’hopital Sacred Heart. Je vois aussi ici que l’année 1996 vous a été particulièrement profitable : Michael Bay (avec Rock), David Fincher (avec Seven) et encore Oliver Stone (avec Nixon). Faîtes-vous partie de cette classe de merveilleux acteurs inconnus et plus ou moins ignorés par le grand public pour cause de jeu trop marqué, de physique pas assez lisse? Avec-vous été un jeune premier?
Que voulez-vous, je suis jeune, plein de ressources, et je ne peux empecher mon imagination de cavaler de temps à autre. Je vous visualise en fier soldat d’Hollywood. Celui qui n’est pas dans l’ombre, mais pas tout à fait dans la lumière. Vous auriez pu être Tom Cruise. Vous n’avez même pas eu assez de chance pour être Robert Downey Junior. La télévision, ce média en pleine explosion fictionnelle, vous a donné une chance, comme elle en donne à tant malchanceux de l’intérpretation cinématographique.
Votre jeu tout en folie allié au calme, le feu et la glace en somme, nous infiltre et nous assome. On vous sait fervent démocrate dans la série, toujours prêt à se dévouer pour son patient tout en hésitant pas à lui donner un bon coup de pied au cul à la première occasion. Vous avez votre fierté et n’hesitez jamais à vous soulever contre l’injustice de l’establishment hospitalier. Vous arrivez à nous faire croire (et ce n’est pas un petit mérite) qu’être médecin – profession libérale si il en est – c’est être de gauche. Vous apportez à la série médicale (genre à part entière, apparemment) ce qui lui manquait, son soupçon de folie et d’insubordination, loin des derives définitivement trop soaps de Grey’s Anatomy ou du spleen devenu limite agressif au fil des années des Urgences de Chicago.
Merci, Perry, vraiment….

Article impécable, au début ça fait un peu peur mais après la description de Coxie (si vous me permettez l’expression) on voit que le sujet a été réfléchi et bien étudié, qu’il n’a pas été écrit pas quelqu’un s’investissant seulement à moitié dans un sujet.
bonne continuation
Commentaire par Alexandre — janvier 5, 2008 @ 1:58
Bravo pour cet article. Cette série est vraiment fantastique. Les personnages sont tous plus déjantés les uns que les autres et tout celà est très bien joué avec des gags très visuels et drôles. Mais la palme revient au Docteur Cox, le chef de service mysanthrope qui nous gratifie de répliques hallucinantes de méchanceté et de drôlerie. Pour les fans, en voici un petit best of: http://www.factsonlyagency.com/article-16510888.html
Commentaire par Roquettesyntaxe — février 10, 2008 @ 7:28
Je rejoins les autres commenaires en ce qui concerne la rédaction de cet article. Les phrases sont soignées et les mots ne sont jamais choisis au hasard. Bravo, vraiment. Je ne me lasse pas de cette série et encore moins des répliques acérées mais humaines de notre cher Cox. Tout coule si naturellement !
Commentaire par Cécile — avril 21, 2008 @ 4:02
super article !
vivement la saison 8 pour revoir les bips d’alarmes imaginaires de coxie!
et en passant dans né un quatre juillet, effectivement il a joué dedans enfin joué…
Je l’ai revue y a pas deux semaines et à la fin du film lorsque Tom cruise se rend vers la scene pour faire son speech(plein de gens l’entour l’acclame et l’encourage), je me rend compte que le trouducul qui tire son fauteil roulant n’est autre que Dr coxe!
Commentaire par vincent — mai 31, 2008 @ 1:50
Malgré l’apparence que le docteur Cox donne, une personne sûre d’elle-même, dure et insensible aux autres, il finit par évoluer pour devenir de plus en plus humain. En tous cas joli article!
Commentaire par yuston — août 6, 2008 @ 1:52