
Vous avez tous surement entendu parler de l’explosive révélation de J.K. Rowling, l’auteure d’Harry Potter, concernant la sexualité d’un des personnages centraux de sa triomphale saga : et oui, Dumbledore est gay. Il fallait s’y attendre, les réactions s’enchainent sur les blogs et les forums du monde entier. Les réactions extremes bien entendu : les associations homosexuelles se réjouissant d’une telle infiltration au sein d’un tel monument de culture populaire, et, à l’opposé, les associations catholiques trouvant ici une nouvelle occasion de fustiger une littérature qu’ils fustigeaient déjà auparavent pour son imagerie diabolisante et païenne.
C’est mon ami Damien, un des plus fervents commentateurs de ces pages, qui m’apporta cependant le sentiment le plus original, vis-à-vis des penchants de notre vieillard préféré.
“C’est dégoutant. Un personnage aussi important que Dumbledore ne devrait pas éprouver ne serait-ce qu’une once de pulsion sexuelle. Il est l’image du père, le mentor, le guide”
Je n’approuve pas ce sentiment, mais faut-il seulement lui reconnaitre qu’il ne relève d’aucun jugement homophobe ou intolérant. Il pose une question bien plus intéressante… Autre que les tabous de la sexualité du troisième age ou le fait d’imaginer la copulation de ses propres parents, un personnage de l’ampleur d’Albus, détenteur de tout ce qui fait le message de la saga Harry Potter, a-t-il le droit d’avoir des sentiments, de céder à la subjectivité? Mais surtout, dans la société dans laquelle nous vivons, accorde-t-on autant d’importance à la parole d’un homosexuel qu’à celle d’un hétérosexuel, si tenté qu’il soit considéré par toute une communauté comme étant vénérable, incroyablement doué et intimidant?
Adonnons-nous à un petit travail d’imagination? Si il y’a presque dix ans, nous avions ouvert le premier tome de Harry Potter en sachant que le directeur de Poudlard était un homosexuel, aurions-nous accorder un tel intérêt, un tel succès à cette suite d’excellents livres qui, gageons-le, ne tardera pas à devenir un pillier de l’Art populaire et universel de notre siècle? On a beau se convaincre que nous sommes des gens tolérants, ouverts, on accorde pas le même statut à une oeuvre dont un des personnages centraux est homosexuel. L’etiquetage est une tendance dangereuse, ancrée en chacun de nous sans qu’on puisse s’en rendre compte la plupart du temps. Une tendance analogue aux pires formes de racisme ou d’intolérance.
Plus qu’un petit coup de théâtre orchestré par une des femmes les plus riches d’Angleterre, qui a surement passé avec brio son examen de marketing, c’est une jolie petite leçon que nous prodigue Rowling. Peut-être, contrairement à ce qu’elle avance, n’a-t-elle pensé à cette hypothèse que très recemment (on peut découvrir tellement de choses intéressantes au sein de sa propre création). L’homosexualité de Dumbledore ne change rien à l’intrigue du livre, elle n’apporte pas d’explications specialement pertinentes. Après tout, quelle que soit la nature des relations entre Dumby et Grindelwald, amicale ou amoureuse, le fond du problème est le même. Dumbledore reste dans l’esprit des lecteurs une figure forte, obsédé par ce qu’il y’a de beau dans le monde et dans l’humain. A une morale simpliste s’ajoute un contexte qui l’est beaucoup moins : qu’est ce qui est le plus important dans l’esprit du lecteur,
Le message ou celui qui le prodigue?