Insomnie, c’est peut-être un bien grand mot. Mais bon, le fait est que je n’arrive pas à dormir. J’en ai conclu que, vu qeu ‘jai cours dans moins de quatre heures, il serait plus judicieux de ne pas céder aux sirènes de ma couette, et de ma cabane (oui parce que je me suis construit une cabane avec mes deux matelats en utilisant mes deux chaises commes poteaux, quand je mets ma tete sur mon mantelas, ma tete est à quelques centimetres de l’autre matelas, ça me rappelle mon enfance…) et de m’occuper comme je peux le faire. J’avais le choix : continuer à regarder Scrubs, mais mauvais coté ; il ne me reste que deux episodes et je n’aurais pas la saison suivante avant deux jours. Regarder une autre série, mais j’essaye de faire un break en ce moment, pour en garder sous le coude quand je devrai dire définitivement adieu à JD, Cox et au concierge. Je pouvais lire aussi, mais pas envie… Je suis donc là, à faire ce que je fais de façon si prétentieuse mais avec tant de coeur à l’ouvrage : écrire des articles supposés intelligents en écoutant Michel Delpech. Celà dit, il est bon de préciser que malgré tout l’amour que j’éprouve pour cet immense songwriter français, je n’écoute pas Michel Delpech à chaque fois que j’écris, j’aime bien varier quand meme…
L’étrange et enivrante mélodie de “Et Paul chantait Yesterday” se déverse goulument le long de mon conduit auditif, quand je décide à cet instant présent, quasi exactement contemporain à l’écriture de parler de mon premier film de la soirée : Fous d’Irene. Mon cher Joe Pesci a eu la gentillesse de me le passer pour que je puisse me rafraichir la mémoire. Grand fan de ces chers Farrelly, il se trouve que je n’ai pu voir leurs oeuvres fondatrices (Dumb…, Mary et donc Irene…) depuis quelques années beaucoup trop longues. Il est surtout judicieux de revoir ces films en 2007, quand je m’épanche à longueur de lignes virtuelles sur le talent de Judd Apatow en oubliant bien ingratement que les Brothers sont les premiers à avoir si merveilleusement infiltré dans le monde du cinéma d’auteur la comédie grasse, post-moderne et irreverencieuse. Voir ces films nous rappelle aussi, que déjà à l’epoque les Brothers (oui j’ai decidé de les appeller comme ça) étaient des auteurs et qu’ils ne sont pas devenus respectables (dans le sens qui méritent le respect) du jour au lendemain en ayant décidé de mettre la pédale douce sur le graveleux et le trivial. Terrain d’Entente restera pour moi une des meilleures comédies romantiques de ces 20 dernieres années, et le film le plus injustement boudé depuis longtemps. A cet instant précis, à l’instant ou j’écris ces lignes, Michel dépeint avec une émotion typiquement 60’s le “coup de pied dans la montagne“, c’est un parrallèle bien idiot que j’effectue peut-être ici, mais si on considère la comédie regressive comme une montagne, les Brothers lui ont filé un sacré coup de pied aux couilles.

Fous d’Irene est bluffant dans son irreverence, et se démarque de son prédecesseur – Mary à tout Prix – dans l’absence totale du non-sense presque british qui faisait le sel de ce dernier. Mary était l’exercice de style, avec Irene les Brothers prennent conscience de leurs thèmes fondamentaux qu’ils n’avaient jamais abordés avec profondeur précedemment. De la pure idiote (fascinante, il faut le dire) on passe à la pure et simple pathologie ou l’effrayant cotoie très souvent l’hilarant. Si on exclue les quelques excellentes derives vers l’art purement dramatique de Jim Carrey, l’acteur scientologue tenait ici son meilleur role. Jamais son incroyable talent facial et burlesque ne trouvera justification et terreau plus prolifique qu’avec cette histoire de schizophrène refoulant ses contrariétés pendant des années pour les faire ressortir. On a beau ne pas être sensible à la plastique de Zellweger, on peut sans problème lui reconnaitre un certain talent de faire-valoir. Et ces gags… Ces merveilleux gags. Usant de la déviance la plus totale, les Brothers n’hesitent jamais à prendre le spectateur de cours, jouant à chaque instant avec ses prejugés ou son aversion inassumée pour les freaks ou handicapés. Chez eux, les Blacks grandissent avec Richard Pryor, parlent comme des gangsta rappeurs mais sont d’incroyables surdoués et aiment leur père blanc plus que tout. On se surprend à la vision d’une scène post-masturbatoire, et on est toujours surprit par les intentions secrètes des personnages à l’image de cette géniale scène de pleurs du maléfique alter ego Hank.
En somme un intéressant entre-deux entre la pure régression Farrellyenne et leurs dérives auteuristes des oeuvres qui succéderont.
Pendant que Delpech fantasme sur dans quel monde nous vivions si on imaginait que “Rimbaud chanterait” (drole de vision… Il nous apprend qu’il serait le poing levé, le coeur serré devant une foule qui sifflerait), on va rester dans le domaine de la comédie. Et pas n’importe quelle comédie. On a beau être bon client, il y’a des réalisateurs qui nous restent hérmetiques. Ou plutot… incompréhensibles. Comment Harold Ramis, excellent faiseur cela étant dit, a pu pondre un chef-d’oeuvre de la trempe d’un Jour sans Fin? C’est vrai, quoi. Les Sos Fantomes, c’est très sympa. Mafia Blues, respectable. Mes Doubles…, mmouais… Pour le pire et le meilleur, Pourquoi pas? Mais un Jour sans Fin, quoi! LA comédie culte. Le meilleur film directement post-capra qui puisse exister. La perfection scénaristique absolue. Le film vertigineux, drole, et entetant qui se peut se targuer d’être doté d’une reflexion philosophique et metaphysique beaucoup plus profonde que nombre de films supposés plus intellectuels, moins mainstream. C’est la comédie Hollywoodienne à son apogée, et le pire c’est que c’est sorti en 1990, à l’epoque ou les génériques sont on ne peut plus ringards, et les looks abominables (et c’est surement ça qui fait le charme d’un film veritablement culte, l’association d’un aspect daté et d’une indubitable universalité). Peut-on parler concernant Harold Ramis de ce phénomène artistique on ne peut plus insolite et passionnant qu’est l’état de grace? Peut-on imaginer phénomène plus cruel et fascinant que l’état de grace? C’est vrai, par exemple, Renaud. Comptez pas sur moi pour le critiquer. Le vieux gauchiste popu qui sommeille en moi s’y opposerait inévitablement. Cependant, avouez que Mistral Gagnant c’est quand même un cran au dessus. Il écrit ça en 5 minutes, et chaque personne qui a un coeur dans ce bas monde ne peut s’empecher de lacher une larme à l’écoute du morceau qui en resulte. Est-ce que chaque être humain a un certain laps de grace à un moment donné de sa vie? Et si il le manque? Et si ce jour la il décide de rester au lit, ou est atteint d’une foudroyante gastroenterite qui l’empeche ainsi d’ecrire, de composer, de réaliser le chef d’oeuvre du siècle qui apportera une pierre non négligeable à l’édifice culturel et artistique mondial? C’est ça au fond le message d’un Jour sans Fin. On ne doit pas laisser passer les choses, les évènements, et que si on croit du fond du coeur que quelque chose doit être dit ou fait, on doit le dire ou le faire.
Ca peut paraitre idiot ou pueril, car ça parait beaucoup plus dur à appliquer quand on est plongé dans la vraie vie et dans nos petites occupations quotidiennes. Mais je crois que les messages des films, des livres ou des chansons qu’on aime, on se doit tout de même de les garder quelque part dans un coin de notre esprit. Ce sont des idéaux que l’on se doit d’essayer d’atteindre, même si ça parait difficile ou impossible. Il y’a une scène dans la Maman et la Putain de Jean Eustache ou Françoise Lebrun s’étonne de l’insolite manière avec laquelle Jean-Pierre Léaud fait son lit. Ce dernier lui répond avec une simplicité desarmante : “J’ai vu faire comme ça dans un film. Les films ça sert à ça, à apprendre à vivre, à apprendre à faire un lit”.
Ouais, Fous d’Irène, le meilleur film des frères Farelly. Fais nous vite la critique du Cronenberg, du Paul Haggis, que je n’ai pas trop aimé.
Commentaire par Joe Pesci — novembre 15, 2007 @ 3:02