Legolasda’s Weblog

novembre 19, 2007

CCPP (Cahier Critique Permanent et Pertinent). Episode 7

Après une petite absence et un retard critique qui va etre difficile (mais pas impossible) à surmonter, me voici de retour avec deux films tout à fait défendables à mon sens. Le premier fait l’unanimité, le second un peu moins, mais j’ai tout de même envie de le mettre en valeur tant je trouve que le metteur en scène un question a fait un saut qualitatif non négligeable avec ce second film.

Mais chaque chose en son temps : le premier film, Les Promesses de l’Ombre, le tant attendu et acclamé nouveau film de David Cronenberg.

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Anecdote : alors que je me rends a la seance de 20h dans mon cinéma préféré (je ne le citerai pas tant l’imposante affluence dont ce blog est victime me fait redouter une avalanche de fans et d’admirateurs sur mes trajets parisiens quotidiens), qui vois-je juste devant moi? Yvan Attal et… et… et… Charlotte Gainsbourg. Loin de moi l’idée de vouloir me méler de la vie privée d’artistes que je trouve tout à fait respectables et intègres, cette petite connection, si petite soit-elle, avec le monde du spectacle a déclenché chez moi un vertigineux sentiment de mise en abyme Cronenbergienne. Etais je réellement en train de voir un film non loin de personnages si frequemments presents sur ces memes ecrans? J’ai eu peur, mesdames et messieurs, très peur, que mon ami Yvan se mette à plonger dans l’ecran tel le James Wood de Videodrome. J’aurais tellement aimé qu’il m’emmene avec lui à l’instar d’une Mia Farrow emerveillée transportée de l’autre coté de la toile cinématographique par un Jeff Daniels romanesque dans la Rose Poulrpre du Caire de Woody Allen. Que de reveries… J’étais en excellentes circonstances pour entrer une nouvelle fois dans le fascinant univers du canadien, que j’admire depuis de nombreuses années…

Spoilers…

Le dyptique History-Promesses opère un virage dans la carrière de Cronenberg. C’est indubitable. Alors que les critiques s’échinent en ce moment même à leur trouver des points communs justifiant le génie du réalisateur, il serait plus pértinent d’affirmer que peut-être a-t-il atteint sa légendaire période de maturité tatinée d’une petite teinte post-moderniste non négligeable. Je m’explique. Fini le temps des métaphores rocambolesques et renversantes types Existenz ou La Mouche. David ne se réapproprie plus les genres (SF pour la Mouche par exemple), il les assimile. Il fait des films de serie B mais pour lui-même et sans aucune pression des studios. Curieuse tendance… Ici, le film de gangster. Des differences tout de même : la pègre russe londonienne qui n’incarne non plus un genre en soi, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais des figures recurrentes : la tendance à la tragédie grecque qui n’est pas sans évoquer Coppola, la restaurant, le personnage du chauffeur. Ce que Cronenberg elude ce sont les activités mafieuses. Pas de trafic, ni de jeux de cartes, on ne voit pas vraiment de drogues, une scene de prostitué mais jamais vraiment une fascination pour ce qui est hors la loi. Cronenberg s’interesse aux personnages, leur integrité, leurs rites, leurs espoirs et leurs désillusions. On est proche de Dostoïevski, autant que de Sophocle.

Comme dans tout bon Cronenberg : un corps. Viggo. Parfait. On va pas revenir là dessus, les innombrales editoriaux d’une presse française envoutée s’y sont déjà attelé avec la fascination que le personnage autant que l’acteur exercent et meritent. Ce qu’on ne dit pas, par peur de spoiler, c’est que le protagoniste jouit d’une complexité tout à fait etudiée et interessante. Agent double, il incarne cette tendance au trouble qui agite le film tout entier, cette fascination pour le Mal on ne peut plus vicieuse qui s’infiltre en chacun et qui réunit les destinées.

Une scène : Pour récuperer les effets personnels d’un corps mort trop longtemps resté au freezer, Nicolaï utilise un sèche-cheveux. C’est au cours de cette même scène, qu’il éteint sa cigarette à l’aide de sa langue. Plus tard dans le film, l’infirmière jouée par Naomi Watts (remarquable d’ailleurs, comme à son habitude) se coiffe à l’aide de son sèche-cheveux tandis que son oncle russe commence à traduire le journal intime de cette mère de 15 ans morte en donnant la vie. Mise e parrallèle à priori stérile mais représentative de la fascination Cronenbergienne pour le mal associé à la notion de chaleur. Pour Cronenberg, un être qui n’est pas fasciné par le Mal et la mort est un être qui l’est déjà. Un être froid, qu’il faut un tant soit peu réchauffer pour éxhumer ce qui faisait son identité, c’est-à-dire ses péchés. On ne s’étonnera donc pas que la scène centrale du film, qui a su fasciner tant de spectateurs et d’analystes, se déroule dans un hammam, là ou la chaleur des corps est le contexte parfait à la brutalité pure et au dévoilement du Corps impur (Viggo nu comme un ver). Si l’être en tant qu’entité douée de vie s’épanouit dans la chaleur des enfers, le passé de ses pechés s’inscrit. Sur la peau, ou dans un journal. Ou même “dans” les corps (l’agent double Viggo nichant un message pour ses collègues dans un corps sans vie laché dans la Tamise). Tout est ainsi question de traduction. Une croix tatouée sur la poitrine ne signifie pas une quelconque obédiance chrétienne, mais une condition de martyr prêt à souffrir pour sa cause.

Le personnage de Viggo est bel et bien un martyr. Un martyr du bien. Un Christ infiltré noyautant sa famille, souffrant de vouloir répandre ce Bien, aussi bien physiquement (le Hammam) que moralement (l’inquiétant rituel d’introduction).

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Il est un aspect prédominant dans les premières saisons des Sopranos (plus grande série du monde, répétons-le tel un mantra) qu’il est pértinent de mettre en parrallèle avec le film de Cronenberg. Une table remplie d’italo-americains dont fait partie le personnage de la psy incarné par Lorraine Braco, se plaint de la mauvaise image dont souffre sa communauté dans l’opinion publique. Une mauvaise image donnée par les films et par des individus de la trempe de Tony Soprano, leur voisin, chef de la mafia locale. Antagonisme de deux versants d’une communauté : celle parfaitement “integrée”, jouissant d’un rang élevé sur l’echelle sociale, et celle encore coincée par les idéaux et les activités légendaires de redoutables ancetres. Plus tard, la psy Braco subira un viol et sera tentée de demander l’aide à cette némsesis Tony Soprano, incarnant le versant brutal et arriéré de sa communauté d’origine. Naomi Watts, incarnant la réussite “les gens normaux” comme dit Nicolaï, évoque le personnage de Lorraine Braco. Fascinée par cette extension monstrueuse et redoutable de ses origines russes, de cette immigration dont elle est originaire.

Au delà des brillantes considérations sur le Bien et le Mal, Les Promesses de l’Ombre est un film sur l’immigration, tout simplement. Le titre original “Eastern Promises“, “les promesses de l’est” implique un retour aux valeurs traditionnelles du pays d’origine face à une mondialisation-uniformisation galopante des pays d’accueil, des pays occidentaux dits civilisés. Retournement des valeurs, les Promesses de l’Ouest (le rêve américain, la liberté, un départ à zero), se métamorphose en Promesses de l’Est (communautarisme, importance de la famille, etc.). Des promesses moralement inaccetables pour un réalisateur qui se plait à mettre en valeur l’echec du Monde Moderne. Loin des Etats-Unis, Cronenberg traite la Violence de façon plus universelle en choisissant comme terrain de jeu le Londres des années 2000, reputée pour son fliquage permanent et préssentie par nombre d’experts en géo-politiques et scénaristes de Science-Fiction comme la ville mondiale du XXI ème siècle. Le film élargit la vision du précedent, qu’on pourrait à la lumière de celui-ci aisèment rebaptiser “History of American Violence”.

Quant au film en lui-même, il est remarquable, passionnant à décortiquer. Il contient cette tension et cette inquiétante concision qui caracterisent les grands films du maitre.

Un peu moins auteurisant, mais plutôt intéressant dans son genre, Dans la Vallée d’Elah de Paul Haggis, scénariste réputé, dont il s’agit ici du second et plutôt réussi passage à la réalisation, traite avec brio de la Guerre d’Irak, de ses conséquences, et de ce qu’elle révèle de la psyché américaine dans son ensemble.

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Pour commencer, casting remarquable. Tommy Lee Jones, tout en rage rentrée, est le parfait ancien militaire. Susan Sarandon s’accomode parfaitement de son peu de présence à l’ecran. Et Charlize Theron confirme une bonne fois pour toute qu’elle est une actrice qui compte, à quel point ses choix de carrière sont on ne peut plus pértinents.

Que dire du film pour commencer sinon qu’il n’y a absolument aucune comparaison avec le raté (pas mauvais, raté) Collision. Le succès du film m’avait surprit. Je l’avais vu, sans y prêter plus d’attention que ça. Un simili Short Cuts qui bouffe à tous les rateliers, bien écrit certes, mais au message on ne peut plus indigent et vain que “le racisme, c’est pas cool”. De subtilité pourtant, Dans la Vallé d’Elah n’en manque pas. Il dresse avec minutiosité le portrait d’une Amerique malade, dont la pathologie a évolué depuis les grands films contre le Vietnam en forme de cynisme fataliste. C’est l’attitude des personnages face à la violence : le fatalisme. Un peu comme dans le film précédent, il y’a fascination pour la violence. Pas a l’echelle d’une communauté, mais à l’echelle d’un pays tout entier qui ne finit pas considérer la violence que comme une obligation, une portion congrue. Ce n’est pas une fascination bien romanesque mais c’est dans l’air.

Le film en premier lieu a une propension tout à fait remarquable à éviter les écueils. On passe vite sur la partie “deuil des familles”. On ne s’attarde pas trop non plus sur l’aspect enquète criminel. On est pas dans un épisode des Experts, mais plutôt dans un drole de récit qui préfère dépeindre la foudroyante mélancolie qui frappe une base militaire et ses alentours tout en oubliant jamais les impératifs de sa narration. C’est un pur et simple drame que nous livre Haggis. Un rythme tout à fait enivrant régit l’ensemble, en osmose parfaite avec des personnages sans plus aucune conviction, un peu perdu dans des décors trop étriqués pour eux. Je n’ai pas eu la chance d’aller en Amerique ces derniers temps, mais j’aime à croire que la vision d’Haggis n’est pas trop éloignée de la réalité, ou du moins ce qui constitua la verité aux premiers temps de la désillusion générale de la guerre en Irak (à peu près au moment ou ils ont comprit qu’il n’y avait pas d’armes de destructions massives et ou les avions cargos revenaient avec un peu trop de cercueils). En Amerique, tout le monde est un peu déprimé car on commet des crimes sans vraiment s’en rendre compte, parce qu’on tue des gens et qu’on sait que le corps militaire sera derrière pour nous défendre.

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C’est ce paradoxe constant qui est mis en valeur par le personnage de Jones : si il continue à croire aveuglèment en son pays, c’est parce qu’il est difficile pour lui de renier son éducation, sa condition d’ancien militaire. L’atmosphère générale est donc au relachement.

Dans la Vallée d’Elah c’est un peu un film de zombies sans humains pour lutter contre l’invasion. L’atmosphère générale est au je-m’en-foutisme, un meurtre n’a plus autant d’importance puisque de toute manière si ce n’était pas lui, ç’en aurait été un autre. Il y’a ici donc floutage des valeurs, pas tout à fait renversement, car la guerre en Irak semble être de ces circonstances qui ont tendance à réveler ce que la psyché d’un pays cache profondèment en temps normal. C’est donc un drame Eastwoodien delicieusement dépressif auquel nous avons affaire. Pas un chef-d’oeuvre (il n’y a pas que ça non plus), mais un film honorée par sa pudeur, sa sensibilité et son talent pour mettre en valeur les monstruosités d’une nation qui continue à se fantasmer en David sauvant la veuve et l’orphelin de l’affreux Goliath.

Seule erreur du film : une scène de fin trop démonstrative. Comprendront ceux qui ont vu.

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