Legolasda’s Weblog

mars 9, 2008

CCPP (Cahier Critique Permanent et Pertinent). Episode 10

Classé dans : Uncategorized — legolasda @ 3:17

Cloverfield de J.J. Abrams et Matt Reeves
cloverfield-poster-thumb.jpg

Cloverfield, c’est un peu le film qui devait être fait. Je l’opposerai un peu plus tard au Redacted de De Palma qui est motivé par la même ambition de retranscription de nos modes de visionnages contemporains. Ce film « youtube » comme il convient désormais de dire conte l’histoire d’une bande de jeunes branchés New-Yorkais confrontés à l’attaque d’une sorte de Godzilla Next-Gen. L’intégralité du film nous est présenté sous un seul et unique point de vue, celui d’un caméscope retrouvé quasi-accidentellement dans les mains d’un des principaux protagonistes.

Un film extrême, donc, qui érige le gimmick comme règle absolue, centre et sujet d’un film, qui utilise son monstre comme création d’un contexte sans pour autant délaisser les séquences purement spectaculaires. Mais qu’entend on par spectaculaire ? Car de par sa facture « révolutionnaire », Cloverfield amène l’analyste cinématographique à se poser tout un tas de question sur les artifices cinématographiques auquel il a été habitué. On peut s’amuser à énumérer lesquels de ces artifices sont éludés au sein d’un tel dispositif. Plus de champ/contre-champ, mais un hors champs aux potentialités et au pouvoir de suggestion decuplé. La caméra se ballade aléatoirement (apparemment en tout cas) au sein d’un univers apocalyptique. Le caméraman amateur, de par sa condition d’amateur, exerce un contrôle tout relatif quant aux images qu’il produit. Il est influencé par les intempéries, les caprices des décors, le tourbillonnement de l’univers dans lequel il évolue, et même, plus intéressant ses affects (il préférera souvent filmer la fille dont il est entiché que des élèments plus interessants objectivement). Sa vue se substitue à l’œil de la caméra.

Débat très intéressant que le suivant. Peut-on considérer que Cloverfield nous plonge au cœur de l’action ? Une amie à moi me défendait mordicus l’avis opposé. J’avancerais qu’une telle fusion entre la vue d’un être humain, et le mode de représentation, une telle subjectivité, ne peut que créer une distance on ne peut plus importante entre le spectateur et les images qui lui sont proposées. Le travail d’un metteur en scène comme Roland Emmerich quand il filme le remake de Godzilla est de nous faire oublier la caméra. Il nous plonge dans les endroits qu’il juge les plus intéressants (etats-major, scènes de destruction…) pour nous faire vivre l’attaque d’un monstre sur New-York de la manière la plus omniprésente possible. Ici, la caméra et les personnages effectuent un parcours quasi-parrallèle à celui du monstre (seul petit défaut du film : pour des raisons de narration et d’enchère dans le spectaculaire, les personnages sont forcés en permanence de se jeter dans la gueule du monstre. Un défaut cosubstantiel quoi…). En résulte une impression de froideur extrême à la vision du film, renforcée par les efforts des réalisateurs pour nous rappeller en permanence la nature materielle du film : c’est une bande retrouvée sur Central Park, montrée brute, sans montage ou manipulation. Reeves et Abrams s’amusent à recréer les défauts d’une cassette de camescope. Les imperfections profitent au propos et à l’émotion du film : Entre scènes de destruction massive et poursuites haletantes, les fantomes des images enregistrées sur la même bande quelques semaines plutôt surgissent, et évoquent constamment un passé idyllique par opposition à un présent tourbillonnant et infernal. Ironique. Froid. Brillant.

Il y’a aussi la dimension post-11 septembre bien sur. Le film se contente de titiller l’inconscient du spectateur, supposé traumatisé par la chute des tours, en recréant des scènes et des points de vue similaires (la sublime scène du nuage de fumée). On se passe ici de point de vue politique. Seul subsiste un pessimisme glaçant qu’on suppose fortement ironique quant à la destinée d’un peuple américain toujours un peu trop frondeur et dépassé. Reste une sublime petite reflexion sur la reproduction cinématographique du réel, un manifeste post-moderne sur la multiplication des points de vue, l’importance du point de vue et surtout le role du metteur en scène. Car on pourrait penser que dans ce chaos du filmage amateur, Reeves et Abrams n’ont pas grand chose à faire. Et justement… Tout reste à faire… La question du point de vue éjectée, reste à créer un univers, un hors-champs, une ambiance. Bref, un monde.

Un commentaire »

  1. ma-gni-fi-que.
    sai-si-ssant.
    ha-llu-ci-nant.

    un peu comme mon gateau au chocolat.

    Comment par therese — mars 13, 2008 @ 5:06


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