Legolasda’s Weblog

juin 25, 2008

Cahier Critique machin truc

Classé dans : Uncategorized — legolasda @ 3:15

Eldorado de Bouli Lanners

Le cinéma belge offre régulièrement de bien belles surprises, et le second mouvement derrière la caméra du Wallon Bouli Lanners en est une assez flagrante illustration. On a ici affaire à un road movie aux accents fortement jarmuschiens, n’omettant jamais de faire la part belle aux paysages vastes et melancoliques du plat pays. Ce dernier est filmé comme dans un western, impression non démentie par la forte présence à l’ecran de voitures americaines de collection. Les voitures, Yvan en a fait son métier et a un peu de mal à joindre les deux bouts dans son affaire de refourgage d’americaines vintages. Un soir, il surprend un cambrioleur chez lui, tentera de le faire fuir, en vain. Ils se lieront d’ “amitié” (concept très vague pour ces deux ecorchés de la vie), et lui proposera de le raccompagner chez ses parents, habitant non loin de la frontière française.

“Je te préviens, je prends jamais l’autoroute” dit Yvan à Elie au début du film. La réplique sonne comme un manifeste de cinéma anti-mainstream fortement sympathique. Les situations cocasses et les dialogues absurdes s’enchainent, de façon presque normative. Si l’ennui ne s’installe jamais, l’originalité est toujours un peu absente. Jusqu’à l’arrivée à la maison familiale du jeune cambrioleur. Le film prend alors une tournure nettement plus nostalgique et émouvante. Un simple frôlement de la main ou le rempotage d’un jardinet incarnent blessures familiales et deuils inavoués avec une pudeur qui confine à la virtuosité. Le retour sur la route pour le dernier quart du film avalise ce constat, même si on peut choisir de trouver la métaphore du dobermann un peu lourdaude. Film simple sur la déception, les regrets, qui jouit d’un plaisir de faire du cinéma que peu de filmeurs français peuvent se targuer de posséder.

Phénomènes de M. Night Shyamalan

Un nouveau film de Shyamalan, c’est toujours l’occasion de faire un peu le point sur l’avancée de son cinéma. Doté d’une filmographie fascinante, à défaut d’être parfaite, la carrière internationale du bonhomme démarra sur les chapeaux de roue en 2000 avec le désormais légendaire, Sixième Sens, mètre-étalon d’un cinéma d’épouvante subtil et dénué d’effets (qui paradoxalement entraina une déferlante de films d’épouvantes pas très subtils et assez généreux en effets). L’opus allait aussi déterminer les codes de ce qui sera la cinéma de Shyamalan les années qui suivront. C’est-à-dire, la gérance d’un lourd héritage Hitchcocko-Spielbergien, et donc mise en scène au diapason, avec ce que ça entraine de plan-séquences micromillimétrés et de sessions quasi-mathématicales d’angoisse, et surtout, la marque de fabrique absolue, le Twist.

A l’époque, imaginer un film de Shyamalan, sans twist était pure fantaisie. On avait été tellement soufflé par le premier, qu’on en rendemandait. On voulait se faire berner. Les réactions s’enchainèrent face aux films suivants du génie en herbe. Incassable (“mouais”), Signes (“quoi?”) et surtout le Village (“ah d’accord, on me prend pour un con en fait…”). Si Shyamalan ne ratait pas totalement ses tentatives d’allier mainstream et contemplatif Bergmanien, on sentait bien une tension face à cette épée de Damoclès du retournement final, exercice casse-gueule par excellence.

Puis vint la Jeune Fille de l’Eau, exercice jubilatoire et auto-parodique, qui libéra le cinéaste de cette obsession malsaine, et le ramena au pur plaisir de filmer, de raconter des histoires. Exercice qui, avouons-le, sied vachement bien au bougre. Echec commercial mais renouveau de l’artiste. Classique.

Phénomènes est la pure resultance de cette attitude qui rafraichit et aère la mise en scène de Shyamalan. Ce dernier a, parait-il, expliqué à son équipe au début du tournage qu’il comptait réaliser un pur film de serie B. Les fortes bouffées de second degré ou les tentatives de distanciation assumées vont dans ce sens. Le metteur en scène s’amuse de ces dons pour créer des ambiances d’épouvantes, créant une tension impalpable autour d’une balançoire, par exemple. Sans jamais céder au cynisme ou à la condescendance. Il y’a ici un intéressant équilibre entre l’intelligence d’une mise en scène parfaitement maitrisée, un second degré assumé face au coté rocambolesque du scénario, aux codes de ce type de cinéma catastrophe, et un profond respect pour les personnages et leurs émotions. Si on a ici l’impression de voir un film de plus de Shyamalan, il faut voir ce constat comme étant une excellente chose. On avait tendance à considérer chaque nouvel opus de l’auteur comme un évènement, un film monde, qui n’avait rien à voir avec les précèdents, une pierre de plus à l’élaboration de son génie. Ici, on apprécie la mécanique de la naissance de la peur et les thèmes d’un cinéaste hanté par l’instabilité du socle familial, la spiritualité, la mort de Dieu et le Hasard. Une livraison qui gagne en simplicité et en efficacité. Un vrai film de serie B en somme. Comme tout ce que le bon cinéma hollywoodien produit depuis 30 ans, en somme.

Un commentaire »

  1. C’est toi le Cahier critique machin truc. Héhé.

    Commentaire par Joe Pesci — juin 25, 2008 @ 11:25


Flux RSS des commentaires de cet article. URI de Trackback

Laisser un commentaire

Publié sur WordPress.