Toutes les questions trouveront leurs reponses au sein de ce sublime making of…
avril 4, 2008
Attention aux Crampes d’estomac….
ah ah ah…
VOICI LE LIEN...
http://www.dailymotion.com/Legolasda1/video/x4yc5d_betisier-pipoumovie_shortfilms
mars 26, 2008
CCPP (Cahier Critique Permanent et Pertinent). Episode 12
There Will be Blood de Paul Thomas Anderson

Difficile d’entamer la critique d’un tel monument.
Mauvais à priori pour commencer : Paul Thomas Anderson, bon artiste indépendant ayant précédemment eu du mal à se défaire de la préciosité de son cinéma et du difficile héritage de son mentor Robert Altman. Dithyrambe critique, ce qui inspire forcément un peu la méfiance. Pétard mouillé aux Oscars. ; Deux statuettes dont Meilleure photographie et le Meilleur Acteur, déjà alloué à l’évidence à Daniel Day-Lewis. Le reste fut dévolu aux Coen, de façon inattendue. Avec No Country for Old Men d’ailleurs, la fresque de PTA entretient des relations troublantes : les deux métrages ont été tournés dans la même région du Texas. La légende dirait même que le tournage de l’épique scène d’incendie du présent entraîna une interruption de tournage pendant les prises de vue du Coen. Drôle parallèle de deux splendeurs du cinéma américain se tirant la bourre dans des délais comparables.
Au final, There Will be Blood, c’est du cinéma assez peu habituel de nos jours. On est plus dans la volonté de refaire (ou défaire) ce qui a déjà été fait, de repenser ce lourd héritage cinématographique États-unien. On essaye vraiment ici de s’inscrire dans une logique, une continuation des grands travaux de représentation de l’Histoire d’un pays, toujours en construction et jamais tout à fait achevé. Citons les Naissance d’une Nation, Citizen Kane, Autant en Emporte le Vent et autres Rapaces pour rendre compte de l’ampleur. Pas de petits gestes postmodernes venant d’habiles cinéphiles ni de prétentions auteuristes extrêmes. Sans renier totalement son passé de chantre du cinéma ricain indépendant des 90’s, Anderson à l’évidence, après le semi-echec de Punch Drunk Love, a prit du recul, pensé une œuvre qui aurait pu être trop grande pour lui si il ne s’était pas déjà fait les griffes sur l’exercice on ne peut plus compliqué du film choral à narration éclatée Altmanien.
There Will be Blood, même si, j’espère, ce n’est désormais plus un secret pour personne, est adapté des 100 premières pages du roman d’Upton Sinclair, Oil !. Le film conte l’histoire de Daniel Plainview, un « Oil man » comme il aime tant à se définir, et de sa prospection d’un bout de terrain du Texas regorgeant d’or noir. Il est accompagné de son jeune fils adoptif, qui ignore sa nature de bâtard. S’opposant à lui, Eli Sunday, fils du propriétaire du terrain, et prophète malin et agressif.
Deux familles, deux religions : le christianisme et le capitalisme. De cette dialectique, le film fait merveille se posant en parfaite métaphore de nos maux contemporains, coincés entre extrémisme religieux et libéralisme sauvage. Le film a en commun avec l’œuvre fondatrice de Welles, cette volonté de conter un « destin » américain. Le mythe du self-made man, avide d’expansion et de richesses. Ce destin, parasité un temps par l’arrivée du religieux (qui si dans un premier temps, il cherche à exister, finit par vouloir se tailler la part du lion), finira triomphant.

Cinématographiquement, on atteint là un sommet. Un tel équilibre entre un sens aigu de la mise en scène, sa force de suggestion et la pure représentation du spectaculaire et de l’épique, force le respect.
Les vingt premières minutes, sans aucune parole, sont stupéfiantes. Retrouvant en direct la force et les réflexes du cinéma muet, Anderson nous conte l’irrésistible ascension de Plainview, des tréfonds d’une petite prospection d’argent, jusqu’à l’adoption de son fils, en passant par l’invention du Derrick. Le tout, sous-tendu par le score époustouflant de Greenwood, tout en dissonances et élancements.
Les vingt dernières minutes aussi, qu’on cite plus rarement, et qui pourtant composent un monument de tragi-comique, de science du plan, une représentation de la solitude et de la folie dignes d’un grand metteur en scène. C’est à l’issu de ce final que l’ampleur de TWBB se fait pleinement ressentir. La violence de l’interprétation, la rudesse du dernier plan (et de la dernière réplique, sublime) : c’est l’Amérique en marche, dans ses contradictions, ses folies, et son irrémédiable soif de sang, d’achèvement.
Entre les deux, de délicieuses errances scénaristiques : un faux frère retrouvé puis perdu, les constantes humiliations entre prêtre et prospecteur, la construction d’un pipe-line, l’incendie d’un derrick… Autant de scènes d’anthologie enfilées à la suite comme autant de perles sur le fil de fer d’une narration parfaitement maîtrisée.
Le tout repose sur le tandem Day-Lewis / Dano. Le premier d’abord, parfait en vampire assoiffé de fluide (un temps envisagé, le titre français devait être le Sang de la Terre…) à la folie crescendo, et au mystère impénétrable. Puis le second réussissant l’exploit d’exister, puis de briller, voire d’effrayer face au monstre irlandais. La nomination aux Oscars semblait pourtant évidente…
Anderson livre un film à la fois hors de son temps, et contemporain. Sans concessions (pétrolières ah ah ah) et brillant, There Will be Blood mérite sans hésitation le titre de classique instantané grâce à cette propension si américaine de parler de son pays avec romanesque, intelligence, brio et universalité. Il est clair qu’ici Anderson est parfaitement grisé par l’ivresse de la narration et l’ampleur de son sujet.
La confirmation aussi qu’un auteur indépendant n’est jamais aussi passionnant que quand il choisit de se balader hors de ses terrains battus, au sein de contrées plus vastes, troublées et passionnantes.
mars 9, 2008
CCPP (Cahier Critique Permanent et Pertinent). Episode 11
No Country for Old Men de Joel et Ethan Coen

Gagnant surprise des derniers Oscars, No Country for Old Men est surement le film le plus brillant et le plus sublime sorti en ce début d’année. Un monument d’une intensité et d’une simplicité dont l’ampleur est peut-être difficilement perceptible à la toute première vision.
Ce Bon, la Brute et le Truand remixé par les auteurs de Fargo, conte l’histoire d’un mec tout ce qu’il y’a de plus normal, incarné par Josh Brolin, qui tombe à l’issue d’une partie de chasse sur une valise pleine de billets sur le lieu d’un massacre entre trafiquants de drogue. Il est alors pris en chasse par un tueur à gages impitoyable, Chigurh, joué par l’impeccable Javier Bardem (oscar du meilleur second role à la clef). Entre les deux, le sherif incarné par Tommy Lee Jones, depassé par tant de violence et de barbarie (le vieil homme du titre c’est lui).
A partir d’une base de film noir (le grand dada des brothers), et d’un bouquin de Cornac McCarthy, les Coen gardent l’humour cosubstantiel à leur cinéma, mais expulsent le cynisme. Car, pour la première fois, un certain réalisme s’insère dans les mécanismes de leur virtuosité si bien huilée. A la différence des Fargo et autres Miller’s Crossing, un personnage, le sherif, jouit d’un certain recul sur les évènements qui se déroulent dans son district. Il est sur la défensive, ne comprend pas, se sent presque agressé par la furie qui se dégage du personnage de Chigurh. On pourrait avancer qu’il commencer à se faire « trop vieux pour ces conneries ». Mais ce n’est pas le propos de McCarthy, ni celui des Coen. Il y’a un parallèle à faire avec le personnage de McDormand dans Fargo, sherif de son état elle aussi. Bien qu’enceinte, elle arrêtait les méchants revolver au poing, en se demandant avec toute l’innocence du monde comment on pouvait faire du mal à son prochain. Rien à voir, avec le mal-être métaphysique du personnage de Lee Jones, depassé, malheureux de ne plus avoir les capacités de contribuer au bien-être de la société. A la violence sociale, à la progression du capitalisme, répond une violence plus viscérale et constante, banalisée.
Le brio du film, c’est de rester du pur cinéma, tout en parlant assez directement ancré dans le monde. Comme une fusion entre les Coen d’il y’a quelques années, et une fratrie plus consciente et mature. C’est toujours très drôle, ironique, jouissif. La science du geste reste précise, étourdissante. Et surtout, très audacieux. C’est ce qui m’a surprit dans son triomphe aux oscars. Car il s’agit d’un film purement Coenien, sans concession. On obéit pas aux conventions Hollywoodiennes, et on se permet un final tout ce qu’il y’a de plus bavard et contemplatif. Il y’a aussi une des progressions narratives les plus anti-spectaculaires que j’ai jamais vue : la mise en scène se focalise de moins en moins sur les meurtres, les scènes de violence, comme par lassitude (un comble chez les Coen). Le récit épouse donc peu à peu le point de vue du personnage du sherif.
Le film transpire d’instants de grâce. Comme le regard de ce pauvre chien meurtri qui fuit les lieux du crime. La diction de Woody Harrelson. L’échappée au Mexique. Il y’en a trop pour les citer toutes…
Si vous aimez le grand cinéma, fait de maitrise, de virtuosité. Si vous aimez rire de l’absurdité humaine, de l’ironie du destin. Si vous aimez la grandeur romanesque. Si vous aimez les petits détails de la vie. Si vous aimez l’intelligence de la mise en scène, la science du suspense, ou les grandes interprétations. Si vous aimez les rêves, l’Amerique dans tout ce qu’elle a de plus paradoxal et fascinant. Et bien si vous aimez au moins une de ces choses, je ne vous comprends si vous n’êtes pas déjà allés voir ce film.
février 10, 2008
Retour en critiques
A la demande générale, je sors de mon trou et continue mon activité critique… Nous sommes le 10 fevrier et ce début d’année fut d’un point de vue cinématographique incroyable. Janvier et fevrier sont traditionnellement une période de vache maigre propice aux mauvais films à oscars (les bons bénéficiant généralement de sorties mondiales à la fin de l’année précedente) et aux blockbusters français… 2008 sera l’exception qui confirme la règle, je suppute, car si nous avons eu droit à notre TRES MAUVAISE grosse production nationale, les films à oscars, eux, sont sublimes. Venons- en au coeur du sujet.
Sweeney Todd - Tim Burton
Rien de plus agaçant que la sortie d’une comédie musicale quand vous êtes vous-même fan de comédie musicale. Je parle d’experience car j’en suis un, et je découvre à chaque fois que le public dans sa généralité n’est pas vraiment prompt à apprécier le potentiel lyrique et esthetique du genre. Le dernier Burton, et c’est ce qui le sauve je le suppose au regard de l’audience populaire, n’est pas véritablement une comédie musicale. La partition que reprend le film relève plus de l’opéra. Les dialogues et les morceaux s’entremelent avec grace et fluidité. Et le ridicule ne prend absolument JAMAIS le pas sur la beauté inhérente au genre.
Ce qui est cool avec Burton, c’est qu’il a un petit coté insaisissable. Il a des élèments redondants bien sur, et c’est pour cela qu’il est le réalisateur le plus analysé et acclamé par les jeunes générations (Trois bons quarts des dossiers d’étudiants en cinéma doivent lui être consacrés…). Le mythe du démoniaque barbier de Fleet Street, fondateur parait-il dans son univers, lui permet ici d’approfondir encore sa fascination pour le gothique et l’architecture victorienne. Il suffit de revoir Sleepy Hollow pour s’en convaincre. Mais à chaque film, et c’est ce qui rend la seconde partie de sa carrière plus intéressante que la première, Burton affute des propos audacieux et anti conventionnels bien plus profonds et intéressants que les habituels représentations narcissiques de l’adolescence et de l’imaginaire en oeuvre dans les Edward et autres Beetlejuice. Après, le film d’adieu à son père (Big Fish) et le propos chelou sur l’éducation (Charlie et la Chocolaterie), Burton met en scène un gros budget couillu, jouissif et sanglant, qui élude totalement les questions de bien et de mal, se contentant de placer au centre de son récit un personnage meurtri, misanthrope et assoiffé de vengeance, protagoniste d’une bouleversante tragédie.
Les chansons sont dans toutes les têtes (“I feeel you Johaaannaa…” “Pretty Women”), Depp est nommé aux Oscars pour un véritable bijou dans lequel Burton laisse tomber l’imagerie pure pour une épure radicale de son art (un salon de barbier comme décor principal). La preuve manifeste et définitive d’un grand auteur de son temps qui, contrairement à ce que beaucoup disent, s’est révélé plus intéressant et talentueux dans les années 2000 que dans les années 90.
Reviens-moi – Joe Wright
Malgré toutes les ostentatoires dérives et emportées lyriques que vous pourrez lire dans les critiques suivantes, Reviens-moi est mon véritable coup de coeur de ce début d’année. C’est franchement un type de cinéma qui me plait et que j’aimerais voir plus souvent. Vous savez à quel point je suis un grand sentimental, à quel point les mélos me déchirent le coeur et à quel point les belles histoires d’amour, quand elles sont racontées avec talent, me touchent et me bouleversent. Je suis une vraie grand-mère, même si je n’en suis pas encore jusqu’à en lire Nous Deux ou à regarder M6 le dimanche après-midi.
SPOILER
J’avais déjà apprecié l’adaptation par Wright d’Orgueils et Prejugés avec la même Keira Knightley. J’y trouvais là un parfait exemple de cinéma bavard et rayonnant, comme moi et mon ami Joe Pesci les affectionnons tant (pour Joe ce sera plutot le coté bavard que rayonnant, je le concède). Wright est un spécialiste des envolées lyriques. Tant que peu de questions se posent sur sa sexualité et que je ferais bien peut-être de me poser des questions sur la mienne… (lol).
L’histoire est adaptée d’un livre de Ian McEwan nommé Expiation (une nouvelle occasion de s’interroger sur la logique des traducteurs, étant donné que le titre original du film est Atonement, et qu’on a jugé bon de traduire en français par “reviens-moi”, qui est une phrase prononcée, certes, à quelques reprises par Keira dans le film, mais bon…). Ca commence dans l’Angleterre bourgeoise des années 30, ou la belle demoiselle de la maison tombe amoureuse du jardinier interprété par James McAvoy. La cadette de la famille, personnage au centre du récit, et interpretée par trois différentes actrices selon les époques, invente un bobard pas possible pour les séparer, et envoie McAvoy en prison. Entre temps, la mise en scène de l’éclosion des sentiments, la sensualité se dégageant du corps Knightley, la subtilité de l’actrice Knightley, et l’ambiance feutrée et sublime de la scène de la bibliothèque achèvent de faire de Reviens Moi une merveille pour les yeux et pour le coeur et surtout de poser le film sur des bases solides. Car des trois temporalités explorées par le film, ce sera cette première que l’on retiendra au final, merveilleuse de langueur et de tendresse. Un grand film nostalgique.
Par la suite, on fera une incursion dans le film de guerre. Aucun coup de feu n’est tiré, mais c’est tout comme. Grande démarche propre au mélodrame, de montrer les tourments de la guerre, non d’un point de vue politique, mais comme incarnation de l’injustice du monde et du destin en furie, qui, de concours, s’acharnent à séparer les amants maudits. Le plan-séquence de Dunkerke, qui ne dépasse jamais véritablement la démonstration technique, devrait être étudiée dans les écoles de cinéma. Bercé par une bande originale majestueuse de Dario Marianelli (on croise les doigts pour les oscars), le tout emporte le coeur et me rappelle personnellement les plus belles envolées de Jackson pour le Seigneur des Anneaux (au risque d’être ridicule).
Le dernier segment, le plus cours, est l’occasion d’une première incursion au sein de la brève mais déjà très prometteuse filmographique de Wright, dans l’ère contemporaine. Vanessa Redgrave il joue la cadette au centre du récit, devenue ecrivain, et expliquant la génèse de son dernier livre (dans tous les sens du terme), contant l’histoire de son erreur et du destin des amants maudits. Elle utilise l’Art comme un défouloir, fantasmant aux personnages des deux amants, quelques jours de roucoulades, qu’ils n’auront jamais connu.
Moi j’ai pleuré. Et j’aime bien pleurer au cinéma. Après bon… C’est vrai, je suis amoureux de Keira. Son accent bitish est véritablement craquant. Mais je ne vois pas ce film avec les yeux de l’amour (sinon je dirais que Joue La Comme Beckham est une splendeur de comique de situation, ce qui n’est pas le cas…), je préfère penser que c’est là, véritablement, un cinéma de l’émotion, et de la pureté, exploitant ce qu’il y’a de meilleur dans le patrimoine de l’immortelle Albion, contrée décidément fascinante à mes yeux.
Asterix aux Jeux Olympiques de Thomas Langmann et Frederic Forestier
Selon certains, une liste peut être plus éloquente qu’un long discours. Je vais donc ici faire la liste des bonnes blagues du film. En sachant que je n’ai vu le film qu’une fois, et que Joe et moi n’avons pas eu beaucoup de problèmes pour nous en souvenir. Et que nous sommes indulgents…
- Le bide de Brutus quand son régiment derrière lui est censé rire à toutes ses blagues.
- “Ouais si j’etais toi je le ferais ecarteler”
- Le running gag des armures avec Alexandre Astier dans le stade
- Une réplique de Seimoun “Sacrilège! On a volé les coléoptères”
- Jamel qui dit à Cornillac “T’es plus beau qu’avant…”
- Jamel et Zidane
- Hors diégèse : quand Langmann dit dans certaines interviews que son film est respectueux de la BD.
Précisons aussi, que le rire a pu a plusieurs reprises être nerveux… En tout cas merci à Langmann et Forestier de m’avoir prouvé que Poolvoerde pouvait ne pas être drole.
Into the Wild de Sean Penn
Je passe vite fait sur le succès surprise de début d’année. J’ai beaucoup de respect et d’amour pour Sean Penn, mais est-ce un sacrilège de dire qu’il ne me fait pas spécialement bander en tant que metteur en scène? Il nous présente ici un bon film, sans plus, un poil trop démonstratif et longuet. Je ne comprends pas l’engouement de beaucoup de personnes pour ce honnête petit morceau. Peut-être parce que Emile Hirsch est mignon? Le seul segment qui sort du lot, c’est le quart d’heure avec le vieux monsieur interprété par Hal Holbrook. Très émouvant… Sinon, Vince Vaughn est choco. Et c’est tout? Oui c’est tout…
Live ! de Bill Guttentag
Mauvais faux documentaire (pleonasme?). Eva Mendes produit et joue très bien, certes. Mais le tout fait très toc et tombe dans le piège : il cède au même racolage et au même suspense malsain que les émissions qu’il tente de dénoncer.
Juno de Ivan Reitman
Le nouveau Little Miss Sunshine est… aussi bien que Little Miss Sunshine. C’est à dire mignon… Bien interprété. Dialogué avec drolerie. Mais on ne peut que s’empecher de s’agacer devant ce cinéma indépendant américain très mainstream au fond, qui se contente de rabacher une morale sur le fond assez convenue, avec des dehors de petite révolution pop. Le tout enrobé de personnages artificiellement originaux et de gros mots juste là pour faire joli. N’est-ce pas un peu cynique?
Cela dit… Michael Cera est un genie…
La Guerre selon Charlie Wilson de Mike Nichols
Un film qui fait du bien. Dialogué et écrit à la perfection par le génie du petit écran Aaron Sorkin (Studio 60 et A la Maison Blanche, c’est lui!), Nichols nous propose du vrai film politique, drole et pertinent. Une vraie démarche d’historien, visant à montrer les préludes, dans toute sa complexité, plutot que de céder à la représentation d’une actualité forcèment subjective et cadrée par l’urgence. Seymour Hoffman c’est une splendeur faite acteur. On peut franchement s’extasier devant le brio avec lequel il mène sa carrière. Hanks et Roberts sont sympas. Du bon cinéma, avec des dialogues stylés et des acteurs chocos. Ancré dans le réel, tout en visant à la pédagogie et au divertissement, au fond que demander de plus?
Deux critiques dantesques (celles du coen et de Cloverfield) pointent le bout de leur nez, alors restez aux aguets…
janvier 8, 2008
TOP 20 Cinéma 2007
Le voici, le voilà, vous l’attendiez tous, les 20 meilleurs films de l’année selon votre ambassadeur du bon gout…
20 – Bug
Le surprenant récit metaphorique d’un beau réalisateur, William Friedkin, qui imagine l’amour comme une fuite vers l’avant dans la folie, et la conscience comme paranoïa. On ne parle pas assez de ce film, on l’a trop vite oublié et c’est dommage.
19 – L’Homme sans Age
Coppola fait défiler sous nos yeux le fil d’une vie fictive et fascinante, faite d’obsessions scientifiques, de schizophrenies et de metaphores sur l’Art et le Savoir. Son sens du baroque et son gout pour l’experimentation font des merveilles.
18 – Supergrave
Produit par Judd Appatow (élu homme de l’année en ce qui me concerne), Supergrave évoque Freaks and Geeks le petit bijou de série du même créateur. Le film atteint des sommets de comique et de drolerie, et sait décrire l’adolescence avec tout ce que ça comporte de tendresse et de marginalité. Ecrit par Seth Rogen, impayable en flic abruti, Supergrave est une merveille
17 – Les Rois du Patin
Une petite merveille d’humour Frat Pack remplie d’acteurs à la puissance comique veritigineuse (Will Arnett epouse-moi). C’est aussi un merveilleux petit traité sur l’amitié. Et rempli de gags alliant majestueusement la grace et le burlesque, les deux fondements de la drolerie cinematographique ne l’oublions pas.
16 – Le Royaume
Bien que trop didactique dans sa conclusion, Peter Berg integre le cinéma d’action de son maitre de producteur, Michael Mann, ainsi qu’une certaine esthetique du réalisme heritée du meilleur de la serie televisuelle americaine contemporaine. Un point de vue interessant sur le role de l’Amerique dans les relations internationales. Le prototype du nouveau cinéma d’action de grande consommation. Passionnant.
15 – La Nuit nous Appartient
Le film le plus irréprochable de l’année. Une perfection scénaristique, un bijou de mise en scène. Une intrigue universelle qui emprunte aux plus grands mythes de notre culture occidentale. James Gray prouve que les histoires les plus simples sont souvent les meilleures. La figure du père et son alienation s’imposent comme thèmes intemporels et indemodables.
14 – Zodiac
David Fincher filtre sa mise en scène jusqu’a n’en garder que le sel et la profondeur. Le film de la maturité, comme on dit. Terrorisant, tétanisant, le film évoque ces thrillers typiquement 70’s (style Hommes du President), sont les noeuds de boudin qui constituent les fins illustrent parfaitement les frustrations d’une société qui n’en finit pas de créer de nouveaux problèmes et d’oublier les précedents.
13 – Hairspray
La comédie musicale de l’année. Rares sont les films dans lesquels les acteurs s’eclatent autant que le spectateur. Du John Water light certes, mais un punch et un swing qui se ressentent dans la BO que je me passe en boucle.
12 – Boulevard de la Mort
Pour inaugurer ce très douloureux top 10 (enfanté dans la souffrance), la dernière petite merveille post-moderne du maitre Tarantino. Tout l’intéret du film réside dans cette prétendue etiquette “film mineur”. Cette appellation vaut à Tarantino des envolées verbales d’une splendeur drolatique, et une liberté qui fait plaisir à voir. Mentionnons aussi une belle idée : la scission en deux parties. En moins de deux heures, on assiste à un defilé des grandes figures tarantinesques. Tout ça se parodie, se destructure, crée un sens nouveau. Mais c’est toujours aussi jubilatoire. Une merveilleuse vision de la feminité et du feminisme.
11 – Harry Potter et l’Ordre du Phoenix
Quand un HP sort, il est toujours dans mon top de l’année. Yates a fait un boulot remarquable, sa demarche de politisation de l’univers se greffe parfaitement à l’ensemble, et apporte beaucoup à la saga. C’est Orwell et la Seconde Guerre Mondial qui s’incrustent chez les sorciers et la richesse du monde de Rowling n’en finit pas d’émerveiller, tant il est capable d’accueillir tellement de visions et de points de vue différents sans s’en retrouver dénaturé.
10 – Spider-man 3
Le film malade de la saga. Touchant et fascinant, dans ses excès, ses petits défauts. Si le deuxième opus brillait par sa régularité, son équilibre et ses légères touches subversives, Raimi orchestre ici une pièce de maitre, gourmande, presque etouffe chretien. Les paraboles mythologiques se succèdent avec brio (la scène de l’Eglise figure parmi les toutes meilleures scènes de l’année), et les sous-intrigues trouvent à toutes une conclusion satisfaisante et touchante. Du grand Entertainement. Du grand Art tout court.
9 – Pirates des Caraïbes 3
Session Blockbuster donc. Vous connaissez ma vision des choses, surtout concernant ce film. Je ne ferai que mettre en avant les qualités scenaristiques, l’ampleur épique, le foisonnement myhtologique, l’humour subversif, et la conclusion culottée des aventures de Jack Sparrow.
8 – Halloween
Trop souvent oublié dans les tops de fin d’année, la relecture du classique de Carpenter par Rob Zombie est une pure merveille. Une adaptation intelligente d’un classique par un veritable auteur à l’univers fort et referencé.
7 – Ratatouille
Pixar est à son sommet dans cet hommage aux Disney les plus melancoliques et iconoclastes (La Belle et le Clochard, les Aristochats). Paradoxalement, Ratatouille est surement le film le plus subversif du studio, traitant non seulement de la différence, de l’Art mais aussi de problèmes aussi epineux que le travail clandestin. Ca a la subtilité et la saveur des grandes comedies americaines de l’Age d’Or, ça sent le Wilder et le Lubitsch à plein nez. C’est le pur régal cinématographique de l’année.
6 – Steak
Etonnant n’est ce pas? Pourtant le film de Quentin Dupieux est surement ce qu’on a vu de plus stylé, original et iconoclaste dans le cinéma français depuis des années. Ca fait penser à Blier mais ça se passe aux Etats-Unis. Ca fait penser à Orange Mecanique mais c’est beaucoup plus absurde. C’est inclassable et on y decouvre que l’humour d’Eric et Ramzy peut etre beaucoup plus profond qu’il n’y parait. Une experience fascinante et hypnotisante, tout ce que 99F n’est pas en somme. Le chef-d’oeuvre absolu du genre qu’il vient de créer.
5 – INLAND EMPIRE
2007, c’était l’année des presidentielles, de la fin de notre Liberté, mais aussi, à une echelle plus personnelle, l’année de ma révélation à David Lynch. J’ai passé le dégout que m’inspirait son cinéma suintant et experimental, pour prendre pleinement la mesure de sa puissance d’évocation, de sa grande capacité d’auteur, de sa condition de cinéaste le plus effrayant de l’histoire du 7eme Art. INLAND EMPIRE (avec les majuscules s’il vous plait) c’est le chant du cygne du cinéma, le film d’horreur absolu, le plus belle oeuvre DV jamais realisée, et le paroxysme du cinéma, de ce qui fait de lui l’Art Supreme. Les ruptures de ton, l’intelligence du trucage et la capacité à nous faire rentrer dans un réel cinématographique autre font de INLAND EMPIRE une oeuvre majeure.
4 – La France
Serge Bozon est un réalisateur à suivre. Se détachant de la mouvance disons “cahier du cinéma-Femis”, La France a de l’originalité à revendre et a cette démarche pas si courante dans l’hexagone visant à détourner les codes de notre Histoire et de notre Culture pour faire émerger une réalité et un point de vue autre. Les poilus chantent de la pop anglaise à visée européenne et fuient cette France qu’ils aiment mais qui les recrache. Se réclamant du cinéma d’Aventure Hawksien, Bozon filme avec amour des paysages typiquement gaulois et a retenu de l’Age d’or Hollywoodien cette capacité à inscrire le groupe dans le paysage et les individualités dans le groupe.
3 – En Cloque, Mode d’Emploi
La comédie de l’année, pour suivre l’adage publicitaire. Appatow c’est Capra couplé aux Freres Farrelly, Wilder associé à Nick Hornby. De son cinéma se dégage un sentiment d’amour, de drolerie, de tendresse et de felicité que l’on ne retrouve que dans les meilleures oeuvres des glorieux noms precités. Des comedies longues, brillantes et divertissantes. Comment peut-on faire l’erreur d’en demander plus?
2 – I’m Not There
Je me suis suffisament répandu sur ma passion pour Dylan et ce film qui tente et réussit à décrire la complexité d’un artiste, d’une personnalité, d’une époque à travers un génie de l’Art du XXeme siècle. Au-delà de toutes ses autres qualités, une merveilleuse lettre d’amour à la passionnante difficulté à comprendre l’être.
1 – La Graine et le Mulet
Je n’en ai pas encore parlé, mais mon petit doigt m’avait bien dit que ce serait énorme. Il s’agit de ce genre de films, qui arrivent très rarement (le dernier c’était Rois et Reine de Desplechin en 2004), mais qui quand ils sont là vous rendent fiers d’habiter la France. Et croyez-moi me rendre fier d’y habiter, vu mon passif, et la période que nous sommes en train de traverser, c’est pas une mince affaire. Kechiche, c’est tout simplement le meilleur réalisateur français actuel. Tout dans son cinéma transpire l’equilibre. Un film d’une simplicité si bouleversante, qu’il en devient incroyable. Chaque scène est dense, chaque seconde transpire le réalisme et le romanesque. Un cinéma qui ne renie pas ses origines, emprunte au néo-réalisme (la mobilette, remake du Voleur de Bicyclette), au cinéma des années 30 (l’Utopie made in La Belle Equipe) et a la construction d’un authentique blockbuster : l’etouffante construction en spirale, le suspense à couper le souffle, l’importance du destin, du hasard, et cette sensualité, cet erotisme de tous les instants. A voir en boucle, jusqu’à la fin de sa vie.

décembre 23, 2007
CCPP (Cahier Critique Permanent et Pertinent). Episode 10
I’m Not There

Nous sommes le 23 decembre. Dans deux jours c’est Noël. Mais ce n’est pas le sujet. J’ai vu I’m not There de Todd Haynes, le jour de sa sortie le 5 decembre. Si mes cours de mathématique en secondaire n’ont pas été totalement inutiles, 18 jours se sont ecoulées entre le visionnage premier (car je l’ai vu deux fois) et la critique.
Critique importante s’il en est. Car pour l’instant, I’m not There est le meilleur film que j’ai pu voir cette année. Je n’ai pas encore pu voir la Graine et le Mulet, le Emmanuel Mouret n’a pas encore eu la chance de passer sous mon regard affuté mais bon public, mais dieu sait si j’ai du respect pour Valeria Bruni-Tedeschi (peut-être moins pour sa trainée de soeur…), je ne pense pas que son film Actrices reussira à suplanter dans mon esprit et dans mon coeur, la claque formelle et emtionnelle qu’incarne pour moi the best movie of the year, I’m Not There.
Je l’ai attendu ce film… Grand fan de Bob Dylan, je trepignais d’impatience à l’idée de découvrir les grandes etapes de la legende Dylanienne revue et remachée par l’excellent faiseur postmoderne et indépendant Todd Haynes. Le concept, culotté et original, ne vous est plus inconnu. 6 acteurs differents incarnent le troubadour, selon les differentes étapes de sa vie, ou surtout (et c’est là que c’est fort) selon les differentes étapes de son évolution artistique, peut-être la plus passionnante qui soit. Total reflet de son époque et de son pays, Dylan c’est tous les paradoxes du monstre Américain. Tout y est abordé.
La légende archivée, contestataire violent et provocateur endiablé. Par Christian Bale.
L’enfance rêvée en jeune bluesman noir en voyage sur les trains de marchandise. Par Carl Marcus Franklin.
Le poête dandy et désinvolte, homonyme du modèle incontestable Arthur Rimbaud. Par Ben Winshaw.
La star irrespectueuse, à la tête enflée, animé par une haine farouche envers les incursions dans sa vie privée. Par Heath Ledger.
Le Cow-Boy en cavale, se réfugiant dans un fantasme américain dont Billy the Kid est la principale incarnation. Par Richard Gere.
Le chretien fervent à la limite du fanatisme, vers la fin des années 70. Encore par Christian Bale.
Et surtout… La rock star perturbée, pharmacie ambulante, dont le passage à l’electrique provoque indignation et incomprehension. Par Cate Blanchett.
Si le film brille, ce n’est pas par son concept en lui-même. C’est plutot par les extensions de ce concept. Les potentialités pleinement employées de cette idée, qui permet de dresser un tableau brillant, chamaré et bordelique d’une Amerique en permanence en proie aux doutes, obsédée par la redemption, insaisissable, insatiable.

Dylan, et ça Haynes l’a très bien comprit, est plus qu’une légende. C’est un parfum, un gaz qui enveloppe toute une époque (l’eternelle desillusion du passage des années 60 à 70) en se nourissant du passé, tout en préfigurant en permanence le futur. C’est surtout une personnalité mythologique, qui finalement existe plus dans l’inconscient collectif que physiquement (combien de fois n’ai-je pas entendu “il est mort, Bob Dylan?”) et qui n’a pas eu besoin de passer l’arme à gauche par en arriver à ce degré de renommée, d’habitude reservé aux martyrs de la culture populaire, de Marylin à Kurt Cobain…
Haynes, dont l’intelligence à parler de son pays par le biais de citations aussi pertinentes que de bon gout n’est plus à prouver, élabore ici un très intéressant travaille de correspondance entre les époques. Quand je dis “époque”, je ferais mieux de parler de “dimensions” tant chaque avatar de la star différe des autres. La richesse de l’oeuvre réside dans ces correspondances… Ainsi, pour exemple Pat Garret, le sheriff, est joué par le journaliste guindé et accusateur du segment dedié à Cate Blanchett. Ces deux figures incarnent la relation de Dylan vis-à-vis de l’Establishment, relation compliquée s’il en est (l’analogie avec l’amitié entre Garret et le Kid n’en est que plus brillante). Aussi, le fait que le prophète gauchiste de la premiere moitié des 60’s et le prophète religieux de la fin des 70’s soit incarnée par le même acteur (Christian Balle, toujours habité) illustre ce glissement dangereux entre les bonnes intentions et le fanatisme qui a toujours flotté au dessus de la bannière étoilée…
Le film est pourtant incroyablement respectueux en ce qui concerne les details. C’est vraiment le film d’un fan de Dylan, qui ne cherche en aucun cas à plaquer sur ecran les faits, mais la version des faits dont béneficie le public, cette légende dense et fascinante qui n’a souvent pas grand chose à voir avec la réalité. Pour un Dylanien pur et dur, le film est donc un regal. Le suitcase du jeune noir Woody, arbore la fameuse maxime “this machine kills fascists”. Le personnage de Charlotte Gainsbourg compile brillament deux femmes importantes dans l’existence du poète, Suze, premier grand amour, artiste-peintre qui a joué un role importante dans la culture européenne de Dylan, et Sarah, la femme, la mère de ses enfants. Le segment de Christian Bale respecte à la lettre les images d’archive les plus connues, et remet en scène les interviews de Scorsese pour le documentaire No Direction Home. Et le segment de Cate Blanchett nous rejoue la fameuse tournée anglaise de 1965, filmée integralement par Pennebaker pour le maitre-étalon du documentaire rock Don’t Look Back. Petit à petit, le film se détache de ces traces gravées dans le marbre pour se réapproprier le materiau et l’emmener sur des routes plus passionnantes, habitées, sinueuses, du délire fellinien au western crepusculaire, en passant par la romance Godardienne. Film musical, mais film cinéphile aussi…
Et la musique bien sur… Je parlais il n’y a pas si longtemps avec des amis du raisonnablement réussi biopic du chanteur de Joy Division, Control par Anto Corbijn. La vie de Ian Curtis y était montrée sans pathos, avec indépendance et intelligence. Mais la musique n’y occupait pas une place assez importante à leur gout. Les quelques scènes de concert étaient brillantes mais la démarche créatrice était passée à la trappe. C’est souvent ce qui intéresse quand on aime un artiste. Le “Comment ça marche?” de la création…. Il est déja difficile de supputer comment un Ian Curtis qui n’a fait que deux albums a pu écrire ses remarquables petites mélopées post-punk. Il est d’autant plus impossible de comprendre comment Dylan a pu gérer ce flot créatif inouï, cette marée devastatrice d’influences, la mise au point de ce phrasé si particulier, cette ampleur inédite matinée d’absurde, ces contes modernes et baroques lisibles à tous les niveaux possibles et imaginables. Beaucoup ont essayé, aucun n’y est arrivé.

Et d’une manière un poil detournée, le film intègre brillament cette merveilleuse et impenetrable musique à son récit. J’en prendrai pour exemple, probablement la scène la plus remarquable du film, qui relève le difficile pari d’illustre visuellement un des sommets de Dylan, “Ballad of a Thin Man”. Comme le dit si bien son meilleur biographe, François Bon, “Ballad of a Thin Man, depuis 40 ans, c’est la chanson qui fait peur…”. Dans ce morceau d’anthologie, Bobby conte sur fond de piano menaçant, la chute des repères Kafkaïenne d’un personnage desesperement anonyme, Mr. Jones. Ce dernier y croise son double nu qui le pointe du doigt et se retrouve metamorphosé en freaks moqué et humilié. Dans le film, le personnage de Jude (Cate Blanchett) interprete la chanson sur scène et à la manière d’un clip, Haynes met en scène les paroles de la chanson, ou le Mr. Jones en question ne serait autre que le journaliste guindé, cité plus haut. Interpretation personnelle du réalisateur. Soudainement, le son et l’image se figent. Et deux membres des Black Panthers (activistes d’extreme gauche noirs américains), analysent la chanson en la réecoutant encore et encore. L’un des deux est persuadé que la chanson parle d’eux, qu’il décrit le malaise américain face à la lutte des droits civiques, que le Mr. Jones c’est le blanc lambda qui doit faire face aux metamorphoses de la société… Inédit dans un biopic, le procédé permet au spectateur d’assimiler l’inssaisissable génie de Dylan, sa capacité jusque là à inegalée à créer des chansons qui veulent tout dire et rien dire à la fois, qui parlent de son époque, sans jamais tomber dans la protestation gratuite et vide, exercice denué d’intelligence artistique et de panache.
Tout le contraire du génie dont ce film prend le risque de ne pas conter l’existence. Haynes prefere mettre en avant, l’image populaire, le cliché. Un des sujets du film c’est cette passionnante relation qui peut exister entre une celebrité et son public. Comment ils peuvent se nourrir l’un l’autre. C’est ici l’art créatif dans ce qu’il a de plus passionnant. On ne raconte pas Dylan, on l’interprete, le façonne, joue avec. On le contraint à se regarder lui-même, à le transporter de décors familiers en fantasmes cinéphiles. Tel un chimiste amateur, on regarde ce que ça donne, s’en amuse et on constate qu’un sens profond s’en echappe. Que comme toutes les grandes chansons, on peut les emmener n’importe ou. Ca marche toujours aussi bien. Car le génie ne réside pas dans la manière de faire, mais dans l’esprit avec laquelle on fait les choses.

I’m Not There, c’est génial aussi parce que c’est un film qui croit en la richesse et en la complexité humaine. Qui croit qu’une personne, une seule, ça peut-être passionnant et multiple.
I’m Not There, c’est aussi génial parce que c’est magnifiquement interprété, parce que Cate Blanchett est vraiment trop forte et que les répliques cultes sonnent vraiment génial dans sa jolie petite bouche.
I’m Not There, c’est génial parce que c’est triste, psychédelique, lent, effrené, melancolique, fou, lyrique, réaliste, drole et bouleversant. C’est tout ça à la fois, alors courez-y…! Best film of the Year…
décembre 4, 2007
CCPP (Cahier Critique Permanent et Pertinent). Episode 9


L’Homme sans Age
On commence avec le dernier Coppola, le plus frais dans mon esprit, car je viens finalement de le voir, plutôt en retard par rapport à ses multiples défenseurs et detracteurs. Après 10 ans d’absence, le maitre du Nouvel Hollywood revient avec un film veneneux, étrange et fascinant, une oeuvre auto-produite loin des studios américains, car tournée integralement en Europe et plus généralement en Roumanie.
Le film est l’adaptation d’une nouvelle d’un chercheur et ecrivain roumain Mircea Eliade, fortement influencé par l’etude et l’Histoire des langues et la philosophie bouddhiste, deux élèments que l’on retrouve dans l’oeuvre de Coppola. On retrouve aussi la fascination du réalisateur pour le baroque exacerbé (pleonasme?) ou les techniques cinématographiques experimentales. Le tout saupoudré d’une bouleversante reflexion sur son Art et sa carrière. Dominique Mattei est un vieux professeur d’université, à jamais marqué par un amour disparu et par la somme gigantesque d’un travail auquel il a consacré sa vie, et qu’il n’a jamais pu finir. Alors qu’il est sur le point de mettre fin à ses jours, il est frappé par la foudre. Après avoir miraculeusement survécu, il se réveille quelques semaines plus tard doté de pouvoirs cerebraux décuplés et d’un corps preservé des ravages du temps. Le film suivra son parcours dans une Europe tantot dechirée par la menace nazie, tantot paralysée par la menace nucléaire.
Dans un premier temps, le film est esthetiquement admirable. Coppola se sert de tous les outils à sa disposition, pour mettre au point une oeuvre à la fois ludique et déstabilisante. Il est toujours plaisant de voir un auteur s’amuser autant avec son medium artistique. Coppola explore ici avec jubilation les figures du miroirs et du reflet : aussi bien litteralement (la scène ou Veronica découvre les “metamorphoses” de son visage par exemple) que figuralement (le film fourmille de plans renversés, de surimpressions…). L’ensemble débouche sur une reflexion remarquable sur l’Art cinématographique, sur ce qui sépare la réalité cinématographique et la realité diégétique. Pas une seule scène sans une trouvaille de mise en scène excitante. Comme tous ces merveilleux trucages qui évoquent le temps des pionniers et l’ingéniosité de Meliès (l’apparition des Roses). Ou ce jeu permanent avec les filtres, les couleurs. Les scènes de nuit, merveilleuses, enivrantes, ont cette teinte fragile et dense des films muets des années 10 et 20, à l’epoque ou on tentait souvent de colorer l’image à l’aide de filtres. Ce que certains décriront comme du mauvais gout (les mêmes detracteurs qu’à l’epoque de Dracula…), n’est en fait qu’une merveilleux jeu de piste sur l’histoire du cinéma et sur la representation du XXeme siècle à l’écran.

Au-delà du simple constat de beauté esthetique, le film aborde des thématiques fortes qui ont marquées durablement l’inconscient collectif. Réutilisation brillante de l’ultra-rebattu mythe de Dorian Gray. Un personnage schyzophréne, sujet qui n’a cessé de titiller le fantastique anglo-saxon à partir du XIX ème siècle, de Stevenson à Tolkien. Ou encore la réincarnation, effleuré ici de manière suffisament subtile et intelligente pour ne pas tomber dans le grand-guignol. C’est une fable en somme, qui ne saute jamais totalement le pas jusqu’à la grande Histoire, ne cessant de repandre sa divine mélancolie et sa tension pérmanente. Car oui, dans un certain sens, l’Homme sans Age est assez effrayant. Les scènes de possession notamment, ou ces inquiétantes et remarquables scènes de dualités, qui confirment à elle-seules le pouvoir de la mise en scène du maitre, capable encore de mettre en scène grace à des artifices vieux comme le monde (enfin… comme le cinéma) de purs moments de tension cinématographiques.
Le sujet profond du film réside dans cette incapacité à traduire l’Histoire, à comprendre une évolution trop importante pour nous. C’est ce sentiment de solitude, d’incapacité qui enveloppe l’integralité du métrage. Cette frustration est ancrée au plus profond de la destinée humaine, Mattei qui bénéficie d’une intelligence incomparable et d’un corps protégé des affres du temps, ne parvient à aucun moment à obtenir satisfaction. De façon très idiote, ça me rappelle un peu Docteur Who. Vous savez, cet inoxydable feuilleton britannique dans laquelle un dejanté docteur est eternellement condamné à voyager d’époques en dimensions parrallèles. Tout comme le Docteur Who (ça c’est de la comparaison…), Mattei voyage dans les époques comme coincé dans des époques succéssives auxquelles il n’appartient pas. Il traverse les situations, en y échappant constamment et sans la moindre satisfaction. C’est ce terrible constat que Coppola insuffle à son oeuvre, le constat d’une carrière passionnante mais inégale, une carrière menée par un être constamment insatisfait, débordant d’idées et toujours en guerre contre le diktat Hollywoodien. Le temps, Coppola en manque. Il n’en a jamais eu et n’en aura surement jamais pour réaliser son arlesienne Megalopolis aux ambitions débordantes. C’est la tragédie d’un être surdoué et incroyablement cultivé qui n’arrive que trop rarement à donner forme à ses aspirations…

Lions et Agneaux
Pas grand chose à dire sur un film ni mauvais ni bon, excepté une petite reflexion sur les motivations qu’on peut avoir pour réaliser un film. Redford n’est pas un immense réalisateur, mais qualitativement ici, ça chute sévère. Non pas que ce soit mal joué (tous les acteurs au top), le scénario n’est pas mal écrit (je suis toujours friant du genre purement théatral, mettant ainsi en valeur d’intenses numéros d’acteur et de dialoguistes). C’est juste que le film dit ce qu’il a à dire et c’est tout. Le plutôt remarquable Dans la Vallée d’Elah, allait plus loin sur le thème de la Guerre en Irak. On avait une bonne petite interrogation sur l’inconscient collectif américain, et un scénario taillé au scalpel par un des specalistes hollywoodiens actuels. La Redford expose platement les tenants et les aboutissants de son histoire, alternant l’interview d’un néo-conversateur aux dents longues (Tom Cruise) par une excellente journaliste gauchiste à qui on ne la fait pas (Meryl Streep), la discussion entre un prof d’université idealiste (Redford) et son élève brillant mais cynique (Andrew Garfield), et les aventures Afghanes de deux soldats en facheuse posture incarnés par les très quotas Derek Luke et Michael Pena, victime attitrée de la politique de Bush dans pas mal de films américains. Un scénario classique pour un film court et sans grande ampleur.
Tout ça, c’est bien sympa mais, pour plus de recul, essayons de résumer le plus exhaustivement possible le message du film :
- Il n’y a pas d’armes de destruction massive en Irak
- les Néo-conservateurs sont des gros cons de capitalistes qui meprisent les classes sociales les plus defavorisées
- Les Americains feraient mieux de se bouger le cul et de faire des manifs un peu plus souvent.
Comment ne pas être d’accord… Mais n’est-ce pas un peu léger?

La Nuit nous Appartient
Le morceau de bravoure du mois de Novembre, surement un des tout meilleurs films de l’année? (Mon ami, Joe Pesci, m’encouragerait volontiers à aller encore plus loin dans l’hyperbole, pour une fois). Pour attaquer ce monstre de cinéma qu’est We Own the Night de James Gray, TRES honteusement boudé par le palmares de Cannes cette année, il faut bien trouver un angle d’attaque et le voici :
La Nuit nous Appartient est un film tellement simple qu’il en est surprenant. Le mot peut paraître idiot, mais c’est pourtant toute la verité tellement nos yeux de cinéphiles des années 2000 ne sont plus, et depuis longtemps, habitués à une telle maitrise scénaristique, à une telle puissance cinématographique et surtout, à une telle universalité. C’est intéressant à remarquer, car aujourd’hui à peu près tous les films parlent d’un évènement précis, veulent dénoncer la misère sociale de telle époque, de telle façon qu’elle puisse rentrer en parfaite harmonie avec la notre. Ou alors, inversement, un contexte social est determiné, comme choisi par défaut (disons, un très courant, Paris, Années 2000, classe aisée), puis laissé plus ou moins de coté, sans jamais vouloir tout à fait toucher à de grands sujets, humains et intemporels, qui vont bien au-delà des contingences de l’Histoire.
Et c’est pour ça que des films comme La Nuit nous Appartient, on est plus vraiment habitué. C’est un cauchemar pour l’analyse dans le fond… Car j’ai beau retourner le sujet aux quatre coins de mon petit crane, je n’arrive pas à trouver un autre degré à ce film que cette pure et simple variation sur le thème du poids de l’héredité. Le meilleur parti pris de James Gray, c’est de ne quasiment jamais ancrer son film dans son époque (New-York, 1988). Si il n’y avait pas Blondie et les Clashs sur la bande-son, on ne pourrait pas déterminer l’espace-temps du film, et ça ne nuirait en aucun cas à la puissance du tout.
Ce n’est définitivement pas un film qu’on puisse detester. Tout est génial. L’intérpreation atteint des niveaux pharamineux : Mark Whalberg, tout en frustration et interorité, ne cesse de confirmer tout le bien que Joe Pesci et moi pensons de lui depuis Les Infiltrés. Robert Duvall incarne un père policier émouvant, attachant et crédible, pur représentant de cet Hollywood des années 70 dont le réalisateur est si friand. Eva Mendes est ce qu’on a vu de plus sexy et attachant cette année sur un ecran de cinéma. Quant à Joaquim Phoenix… Ahhh… Joaquim Phoenix, il porte littéralement le film sur ses épaules, tout comme ces monstrueux poids hereditaires et sentimentaux, qui font de lui un merveilleux et important interprete de sa génération.

La mise en scène a la puissance d’une marche funèbre, et trouve son apogée dans deux purs instants de grace noire : la visite du laboratoire clandestin (entre film de vampires et Dark Vador chez les mafieux russes) et la poursuite en voiture, qui associe avec une intelligence rare l’économie de budget et le spectaculaire (guettez bien le travail du son sur cette scène). La Nuit nous Appartient à cette etoffe des grands films, ces monuments qui imposent leur vision sans jamais amener le spectateur à s’interroger sur le bien-fondé de tel ou tel choix.
Le scénario, en lui-même, mérite une sacrée dose d’éloges tellement on avait pas vu cette ampleur et cette ambition dans un film américain depuis les premiers Scorsese ou Coppola. Un polar noir et imposant, empruntant autant à la Bible qu’à Sophocle, qui a le culot de ne pas retranscrire une Tragedie Grecque à l’époque moderne, mais tout simplement de faire une Tragédie Grecque. Concision, universalité et maitrise sont les atouts-maitres d’une oeuvre qui aurait définitivement fait une grande Palme d’Or.
novembre 19, 2007
CCPP (Cahier Critique Permanent et Pertinent). Episode 7
Après une petite absence et un retard critique qui va etre difficile (mais pas impossible) à surmonter, me voici de retour avec deux films tout à fait défendables à mon sens. Le premier fait l’unanimité, le second un peu moins, mais j’ai tout de même envie de le mettre en valeur tant je trouve que le metteur en scène un question a fait un saut qualitatif non négligeable avec ce second film.
Mais chaque chose en son temps : le premier film, Les Promesses de l’Ombre, le tant attendu et acclamé nouveau film de David Cronenberg.

Anecdote : alors que je me rends a la seance de 20h dans mon cinéma préféré (je ne le citerai pas tant l’imposante affluence dont ce blog est victime me fait redouter une avalanche de fans et d’admirateurs sur mes trajets parisiens quotidiens), qui vois-je juste devant moi? Yvan Attal et… et… et… Charlotte Gainsbourg. Loin de moi l’idée de vouloir me méler de la vie privée d’artistes que je trouve tout à fait respectables et intègres, cette petite connection, si petite soit-elle, avec le monde du spectacle a déclenché chez moi un vertigineux sentiment de mise en abyme Cronenbergienne. Etais je réellement en train de voir un film non loin de personnages si frequemments presents sur ces memes ecrans? J’ai eu peur, mesdames et messieurs, très peur, que mon ami Yvan se mette à plonger dans l’ecran tel le James Wood de Videodrome. J’aurais tellement aimé qu’il m’emmene avec lui à l’instar d’une Mia Farrow emerveillée transportée de l’autre coté de la toile cinématographique par un Jeff Daniels romanesque dans la Rose Poulrpre du Caire de Woody Allen. Que de reveries… J’étais en excellentes circonstances pour entrer une nouvelle fois dans le fascinant univers du canadien, que j’admire depuis de nombreuses années…
Spoilers…
Le dyptique History-Promesses opère un virage dans la carrière de Cronenberg. C’est indubitable. Alors que les critiques s’échinent en ce moment même à leur trouver des points communs justifiant le génie du réalisateur, il serait plus pértinent d’affirmer que peut-être a-t-il atteint sa légendaire période de maturité tatinée d’une petite teinte post-moderniste non négligeable. Je m’explique. Fini le temps des métaphores rocambolesques et renversantes types Existenz ou La Mouche. David ne se réapproprie plus les genres (SF pour la Mouche par exemple), il les assimile. Il fait des films de serie B mais pour lui-même et sans aucune pression des studios. Curieuse tendance… Ici, le film de gangster. Des differences tout de même : la pègre russe londonienne qui n’incarne non plus un genre en soi, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais des figures recurrentes : la tendance à la tragédie grecque qui n’est pas sans évoquer Coppola, la restaurant, le personnage du chauffeur. Ce que Cronenberg elude ce sont les activités mafieuses. Pas de trafic, ni de jeux de cartes, on ne voit pas vraiment de drogues, une scene de prostitué mais jamais vraiment une fascination pour ce qui est hors la loi. Cronenberg s’interesse aux personnages, leur integrité, leurs rites, leurs espoirs et leurs désillusions. On est proche de Dostoïevski, autant que de Sophocle.
Comme dans tout bon Cronenberg : un corps. Viggo. Parfait. On va pas revenir là dessus, les innombrales editoriaux d’une presse française envoutée s’y sont déjà attelé avec la fascination que le personnage autant que l’acteur exercent et meritent. Ce qu’on ne dit pas, par peur de spoiler, c’est que le protagoniste jouit d’une complexité tout à fait etudiée et interessante. Agent double, il incarne cette tendance au trouble qui agite le film tout entier, cette fascination pour le Mal on ne peut plus vicieuse qui s’infiltre en chacun et qui réunit les destinées.
Une scène : Pour récuperer les effets personnels d’un corps mort trop longtemps resté au freezer, Nicolaï utilise un sèche-cheveux. C’est au cours de cette même scène, qu’il éteint sa cigarette à l’aide de sa langue. Plus tard dans le film, l’infirmière jouée par Naomi Watts (remarquable d’ailleurs, comme à son habitude) se coiffe à l’aide de son sèche-cheveux tandis que son oncle russe commence à traduire le journal intime de cette mère de 15 ans morte en donnant la vie. Mise e parrallèle à priori stérile mais représentative de la fascination Cronenbergienne pour le mal associé à la notion de chaleur. Pour Cronenberg, un être qui n’est pas fasciné par le Mal et la mort est un être qui l’est déjà. Un être froid, qu’il faut un tant soit peu réchauffer pour éxhumer ce qui faisait son identité, c’est-à-dire ses péchés. On ne s’étonnera donc pas que la scène centrale du film, qui a su fasciner tant de spectateurs et d’analystes, se déroule dans un hammam, là ou la chaleur des corps est le contexte parfait à la brutalité pure et au dévoilement du Corps impur (Viggo nu comme un ver). Si l’être en tant qu’entité douée de vie s’épanouit dans la chaleur des enfers, le passé de ses pechés s’inscrit. Sur la peau, ou dans un journal. Ou même “dans” les corps (l’agent double Viggo nichant un message pour ses collègues dans un corps sans vie laché dans la Tamise). Tout est ainsi question de traduction. Une croix tatouée sur la poitrine ne signifie pas une quelconque obédiance chrétienne, mais une condition de martyr prêt à souffrir pour sa cause.
Le personnage de Viggo est bel et bien un martyr. Un martyr du bien. Un Christ infiltré noyautant sa famille, souffrant de vouloir répandre ce Bien, aussi bien physiquement (le Hammam) que moralement (l’inquiétant rituel d’introduction).

Il est un aspect prédominant dans les premières saisons des Sopranos (plus grande série du monde, répétons-le tel un mantra) qu’il est pértinent de mettre en parrallèle avec le film de Cronenberg. Une table remplie d’italo-americains dont fait partie le personnage de la psy incarné par Lorraine Braco, se plaint de la mauvaise image dont souffre sa communauté dans l’opinion publique. Une mauvaise image donnée par les films et par des individus de la trempe de Tony Soprano, leur voisin, chef de la mafia locale. Antagonisme de deux versants d’une communauté : celle parfaitement “integrée”, jouissant d’un rang élevé sur l’echelle sociale, et celle encore coincée par les idéaux et les activités légendaires de redoutables ancetres. Plus tard, la psy Braco subira un viol et sera tentée de demander l’aide à cette némsesis Tony Soprano, incarnant le versant brutal et arriéré de sa communauté d’origine. Naomi Watts, incarnant la réussite “les gens normaux” comme dit Nicolaï, évoque le personnage de Lorraine Braco. Fascinée par cette extension monstrueuse et redoutable de ses origines russes, de cette immigration dont elle est originaire.
Au delà des brillantes considérations sur le Bien et le Mal, Les Promesses de l’Ombre est un film sur l’immigration, tout simplement. Le titre original “Eastern Promises“, “les promesses de l’est” implique un retour aux valeurs traditionnelles du pays d’origine face à une mondialisation-uniformisation galopante des pays d’accueil, des pays occidentaux dits civilisés. Retournement des valeurs, les Promesses de l’Ouest (le rêve américain, la liberté, un départ à zero), se métamorphose en Promesses de l’Est (communautarisme, importance de la famille, etc.). Des promesses moralement inaccetables pour un réalisateur qui se plait à mettre en valeur l’echec du Monde Moderne. Loin des Etats-Unis, Cronenberg traite la Violence de façon plus universelle en choisissant comme terrain de jeu le Londres des années 2000, reputée pour son fliquage permanent et préssentie par nombre d’experts en géo-politiques et scénaristes de Science-Fiction comme la ville mondiale du XXI ème siècle. Le film élargit la vision du précedent, qu’on pourrait à la lumière de celui-ci aisèment rebaptiser “History of American Violence”.
Quant au film en lui-même, il est remarquable, passionnant à décortiquer. Il contient cette tension et cette inquiétante concision qui caracterisent les grands films du maitre.
Un peu moins auteurisant, mais plutôt intéressant dans son genre, Dans la Vallée d’Elah de Paul Haggis, scénariste réputé, dont il s’agit ici du second et plutôt réussi passage à la réalisation, traite avec brio de la Guerre d’Irak, de ses conséquences, et de ce qu’elle révèle de la psyché américaine dans son ensemble.

Pour commencer, casting remarquable. Tommy Lee Jones, tout en rage rentrée, est le parfait ancien militaire. Susan Sarandon s’accomode parfaitement de son peu de présence à l’ecran. Et Charlize Theron confirme une bonne fois pour toute qu’elle est une actrice qui compte, à quel point ses choix de carrière sont on ne peut plus pértinents.
Que dire du film pour commencer sinon qu’il n’y a absolument aucune comparaison avec le raté (pas mauvais, raté) Collision. Le succès du film m’avait surprit. Je l’avais vu, sans y prêter plus d’attention que ça. Un simili Short Cuts qui bouffe à tous les rateliers, bien écrit certes, mais au message on ne peut plus indigent et vain que “le racisme, c’est pas cool”. De subtilité pourtant, Dans la Vallé d’Elah n’en manque pas. Il dresse avec minutiosité le portrait d’une Amerique malade, dont la pathologie a évolué depuis les grands films contre le Vietnam en forme de cynisme fataliste. C’est l’attitude des personnages face à la violence : le fatalisme. Un peu comme dans le film précédent, il y’a fascination pour la violence. Pas a l’echelle d’une communauté, mais à l’echelle d’un pays tout entier qui ne finit pas considérer la violence que comme une obligation, une portion congrue. Ce n’est pas une fascination bien romanesque mais c’est dans l’air.
Le film en premier lieu a une propension tout à fait remarquable à éviter les écueils. On passe vite sur la partie “deuil des familles”. On ne s’attarde pas trop non plus sur l’aspect enquète criminel. On est pas dans un épisode des Experts, mais plutôt dans un drole de récit qui préfère dépeindre la foudroyante mélancolie qui frappe une base militaire et ses alentours tout en oubliant jamais les impératifs de sa narration. C’est un pur et simple drame que nous livre Haggis. Un rythme tout à fait enivrant régit l’ensemble, en osmose parfaite avec des personnages sans plus aucune conviction, un peu perdu dans des décors trop étriqués pour eux. Je n’ai pas eu la chance d’aller en Amerique ces derniers temps, mais j’aime à croire que la vision d’Haggis n’est pas trop éloignée de la réalité, ou du moins ce qui constitua la verité aux premiers temps de la désillusion générale de la guerre en Irak (à peu près au moment ou ils ont comprit qu’il n’y avait pas d’armes de destructions massives et ou les avions cargos revenaient avec un peu trop de cercueils). En Amerique, tout le monde est un peu déprimé car on commet des crimes sans vraiment s’en rendre compte, parce qu’on tue des gens et qu’on sait que le corps militaire sera derrière pour nous défendre.

C’est ce paradoxe constant qui est mis en valeur par le personnage de Jones : si il continue à croire aveuglèment en son pays, c’est parce qu’il est difficile pour lui de renier son éducation, sa condition d’ancien militaire. L’atmosphère générale est donc au relachement.
Dans la Vallée d’Elah c’est un peu un film de zombies sans humains pour lutter contre l’invasion. L’atmosphère générale est au je-m’en-foutisme, un meurtre n’a plus autant d’importance puisque de toute manière si ce n’était pas lui, ç’en aurait été un autre. Il y’a ici donc floutage des valeurs, pas tout à fait renversement, car la guerre en Irak semble être de ces circonstances qui ont tendance à réveler ce que la psyché d’un pays cache profondèment en temps normal. C’est donc un drame Eastwoodien delicieusement dépressif auquel nous avons affaire. Pas un chef-d’oeuvre (il n’y a pas que ça non plus), mais un film honorée par sa pudeur, sa sensibilité et son talent pour mettre en valeur les monstruosités d’une nation qui continue à se fantasmer en David sauvant la veuve et l’orphelin de l’affreux Goliath.
Seule erreur du film : une scène de fin trop démonstrative. Comprendront ceux qui ont vu.
novembre 12, 2007
Critiques d’une nuit d’insomnie
Insomnie, c’est peut-être un bien grand mot. Mais bon, le fait est que je n’arrive pas à dormir. J’en ai conclu que, vu qeu ‘jai cours dans moins de quatre heures, il serait plus judicieux de ne pas céder aux sirènes de ma couette, et de ma cabane (oui parce que je me suis construit une cabane avec mes deux matelats en utilisant mes deux chaises commes poteaux, quand je mets ma tete sur mon mantelas, ma tete est à quelques centimetres de l’autre matelas, ça me rappelle mon enfance…) et de m’occuper comme je peux le faire. J’avais le choix : continuer à regarder Scrubs, mais mauvais coté ; il ne me reste que deux episodes et je n’aurais pas la saison suivante avant deux jours. Regarder une autre série, mais j’essaye de faire un break en ce moment, pour en garder sous le coude quand je devrai dire définitivement adieu à JD, Cox et au concierge. Je pouvais lire aussi, mais pas envie… Je suis donc là, à faire ce que je fais de façon si prétentieuse mais avec tant de coeur à l’ouvrage : écrire des articles supposés intelligents en écoutant Michel Delpech. Celà dit, il est bon de préciser que malgré tout l’amour que j’éprouve pour cet immense songwriter français, je n’écoute pas Michel Delpech à chaque fois que j’écris, j’aime bien varier quand meme…
L’étrange et enivrante mélodie de “Et Paul chantait Yesterday” se déverse goulument le long de mon conduit auditif, quand je décide à cet instant présent, quasi exactement contemporain à l’écriture de parler de mon premier film de la soirée : Fous d’Irene. Mon cher Joe Pesci a eu la gentillesse de me le passer pour que je puisse me rafraichir la mémoire. Grand fan de ces chers Farrelly, il se trouve que je n’ai pu voir leurs oeuvres fondatrices (Dumb…, Mary et donc Irene…) depuis quelques années beaucoup trop longues. Il est surtout judicieux de revoir ces films en 2007, quand je m’épanche à longueur de lignes virtuelles sur le talent de Judd Apatow en oubliant bien ingratement que les Brothers sont les premiers à avoir si merveilleusement infiltré dans le monde du cinéma d’auteur la comédie grasse, post-moderne et irreverencieuse. Voir ces films nous rappelle aussi, que déjà à l’epoque les Brothers (oui j’ai decidé de les appeller comme ça) étaient des auteurs et qu’ils ne sont pas devenus respectables (dans le sens qui méritent le respect) du jour au lendemain en ayant décidé de mettre la pédale douce sur le graveleux et le trivial. Terrain d’Entente restera pour moi une des meilleures comédies romantiques de ces 20 dernieres années, et le film le plus injustement boudé depuis longtemps. A cet instant précis, à l’instant ou j’écris ces lignes, Michel dépeint avec une émotion typiquement 60’s le “coup de pied dans la montagne“, c’est un parrallèle bien idiot que j’effectue peut-être ici, mais si on considère la comédie regressive comme une montagne, les Brothers lui ont filé un sacré coup de pied aux couilles.

Fous d’Irene est bluffant dans son irreverence, et se démarque de son prédecesseur – Mary à tout Prix – dans l’absence totale du non-sense presque british qui faisait le sel de ce dernier. Mary était l’exercice de style, avec Irene les Brothers prennent conscience de leurs thèmes fondamentaux qu’ils n’avaient jamais abordés avec profondeur précedemment. De la pure idiote (fascinante, il faut le dire) on passe à la pure et simple pathologie ou l’effrayant cotoie très souvent l’hilarant. Si on exclue les quelques excellentes derives vers l’art purement dramatique de Jim Carrey, l’acteur scientologue tenait ici son meilleur role. Jamais son incroyable talent facial et burlesque ne trouvera justification et terreau plus prolifique qu’avec cette histoire de schizophrène refoulant ses contrariétés pendant des années pour les faire ressortir. On a beau ne pas être sensible à la plastique de Zellweger, on peut sans problème lui reconnaitre un certain talent de faire-valoir. Et ces gags… Ces merveilleux gags. Usant de la déviance la plus totale, les Brothers n’hesitent jamais à prendre le spectateur de cours, jouant à chaque instant avec ses prejugés ou son aversion inassumée pour les freaks ou handicapés. Chez eux, les Blacks grandissent avec Richard Pryor, parlent comme des gangsta rappeurs mais sont d’incroyables surdoués et aiment leur père blanc plus que tout. On se surprend à la vision d’une scène post-masturbatoire, et on est toujours surprit par les intentions secrètes des personnages à l’image de cette géniale scène de pleurs du maléfique alter ego Hank.
En somme un intéressant entre-deux entre la pure régression Farrellyenne et leurs dérives auteuristes des oeuvres qui succéderont.
Pendant que Delpech fantasme sur dans quel monde nous vivions si on imaginait que “Rimbaud chanterait” (drole de vision… Il nous apprend qu’il serait le poing levé, le coeur serré devant une foule qui sifflerait), on va rester dans le domaine de la comédie. Et pas n’importe quelle comédie. On a beau être bon client, il y’a des réalisateurs qui nous restent hérmetiques. Ou plutot… incompréhensibles. Comment Harold Ramis, excellent faiseur cela étant dit, a pu pondre un chef-d’oeuvre de la trempe d’un Jour sans Fin? C’est vrai, quoi. Les Sos Fantomes, c’est très sympa. Mafia Blues, respectable. Mes Doubles…, mmouais… Pour le pire et le meilleur, Pourquoi pas? Mais un Jour sans Fin, quoi! LA comédie culte. Le meilleur film directement post-capra qui puisse exister. La perfection scénaristique absolue. Le film vertigineux, drole, et entetant qui se peut se targuer d’être doté d’une reflexion philosophique et metaphysique beaucoup plus profonde que nombre de films supposés plus intellectuels, moins mainstream. C’est la comédie Hollywoodienne à son apogée, et le pire c’est que c’est sorti en 1990, à l’epoque ou les génériques sont on ne peut plus ringards, et les looks abominables (et c’est surement ça qui fait le charme d’un film veritablement culte, l’association d’un aspect daté et d’une indubitable universalité). Peut-on parler concernant Harold Ramis de ce phénomène artistique on ne peut plus insolite et passionnant qu’est l’état de grace? Peut-on imaginer phénomène plus cruel et fascinant que l’état de grace? C’est vrai, par exemple, Renaud. Comptez pas sur moi pour le critiquer. Le vieux gauchiste popu qui sommeille en moi s’y opposerait inévitablement. Cependant, avouez que Mistral Gagnant c’est quand même un cran au dessus. Il écrit ça en 5 minutes, et chaque personne qui a un coeur dans ce bas monde ne peut s’empecher de lacher une larme à l’écoute du morceau qui en resulte. Est-ce que chaque être humain a un certain laps de grace à un moment donné de sa vie? Et si il le manque? Et si ce jour la il décide de rester au lit, ou est atteint d’une foudroyante gastroenterite qui l’empeche ainsi d’ecrire, de composer, de réaliser le chef d’oeuvre du siècle qui apportera une pierre non négligeable à l’édifice culturel et artistique mondial? C’est ça au fond le message d’un Jour sans Fin. On ne doit pas laisser passer les choses, les évènements, et que si on croit du fond du coeur que quelque chose doit être dit ou fait, on doit le dire ou le faire.
Ca peut paraitre idiot ou pueril, car ça parait beaucoup plus dur à appliquer quand on est plongé dans la vraie vie et dans nos petites occupations quotidiennes. Mais je crois que les messages des films, des livres ou des chansons qu’on aime, on se doit tout de même de les garder quelque part dans un coin de notre esprit. Ce sont des idéaux que l’on se doit d’essayer d’atteindre, même si ça parait difficile ou impossible. Il y’a une scène dans la Maman et la Putain de Jean Eustache ou Françoise Lebrun s’étonne de l’insolite manière avec laquelle Jean-Pierre Léaud fait son lit. Ce dernier lui répond avec une simplicité desarmante : “J’ai vu faire comme ça dans un film. Les films ça sert à ça, à apprendre à vivre, à apprendre à faire un lit”.


