Legolasda’s Weblog

novembre 4, 2007

Et alors?

Classé dans : Littérature — legolasda @ 2:16
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Vous avez tous surement entendu parler de l’explosive révélation de J.K. Rowling, l’auteure d’Harry Potter, concernant la sexualité d’un des personnages centraux de sa triomphale saga : et oui, Dumbledore est gay.  Il fallait s’y attendre, les réactions s’enchainent sur les blogs et les forums du monde entier. Les réactions extremes bien entendu : les associations homosexuelles se réjouissant d’une telle infiltration au sein d’un tel monument de culture populaire, et, à l’opposé, les associations catholiques trouvant ici une nouvelle occasion de fustiger une littérature qu’ils fustigeaient déjà auparavent pour son imagerie diabolisante et païenne.

C’est mon ami Damien, un des plus fervents commentateurs de ces pages, qui m’apporta cependant le sentiment le plus original, vis-à-vis des penchants de notre vieillard préféré.

“C’est dégoutant. Un personnage aussi important que Dumbledore ne devrait pas éprouver ne serait-ce qu’une once de pulsion sexuelle. Il est l’image du père, le mentor, le guide”

Je n’approuve pas ce sentiment, mais faut-il seulement lui reconnaitre qu’il ne relève d’aucun jugement homophobe ou intolérant. Il pose une question bien plus intéressante… Autre que les tabous de la sexualité du troisième age ou le fait d’imaginer la copulation de ses propres parents, un personnage de l’ampleur d’Albus, détenteur de tout ce qui fait le message de la saga Harry Potter, a-t-il le droit d’avoir des sentiments, de céder à la subjectivité? Mais surtout, dans la société dans laquelle nous vivons, accorde-t-on autant d’importance à la parole d’un homosexuel qu’à celle d’un hétérosexuel, si tenté qu’il soit considéré par toute une communauté comme étant vénérable, incroyablement doué et intimidant?

Adonnons-nous à un petit travail d’imagination? Si il y’a presque dix ans, nous avions ouvert le premier tome de Harry Potter en sachant que le directeur de Poudlard était un homosexuel, aurions-nous accorder un tel intérêt, un tel succès à cette suite d’excellents livres qui, gageons-le, ne tardera pas à devenir un pillier de l’Art populaire et universel de notre siècle? On a beau se convaincre que nous sommes des gens tolérants, ouverts, on accorde pas le même statut à une oeuvre dont un des personnages centraux est homosexuel. L’etiquetage est une tendance dangereuse, ancrée en chacun de nous sans qu’on puisse s’en rendre compte la plupart du temps. Une tendance analogue aux pires formes de racisme ou d’intolérance.

Plus qu’un petit coup de théâtre orchestré par une des femmes les plus riches d’Angleterre, qui a surement passé avec brio son examen de marketing, c’est une jolie petite leçon que nous prodigue Rowling. Peut-être, contrairement à ce qu’elle avance, n’a-t-elle pensé à cette hypothèse que très recemment (on peut découvrir tellement de choses intéressantes au sein de sa propre création). L’homosexualité de Dumbledore ne change rien à l’intrigue du livre, elle n’apporte pas d’explications specialement pertinentes. Après tout, quelle que soit la nature des relations entre Dumby et Grindelwald, amicale ou amoureuse, le fond du problème est le même. Dumbledore reste dans l’esprit des lecteurs une figure forte, obsédé par ce qu’il y’a de beau dans le monde et dans l’humain. A une morale simpliste s’ajoute un contexte qui l’est beaucoup moins : qu’est ce qui est le plus important dans l’esprit du lecteur,

 Le message ou celui qui le prodigue?

octobre 17, 2007

Les Corrections – Jonathan Franzen

Quel auteur que ce Jonhattan Franzen… Il y’a un vrai souffle littéraire et romanesque dans cette tragédie familliale qui sait si bien retranscrire les enjeux d’une époque troublée. L’auteur nous rappelle qu’il n’y a pas mieux que le naturalisme et que la saga familliale pour arriver à décrire un pays, un contemporain. Proche d’un Zola, Franzen nous compte l’incroyable et intimiste epopée de ces Rougon-Macquart des temps modernes sont l’objet de l’instantanné d’une Amerique en perte de vitesse et d’idéaux.
Le livre raconte l’histoire d’Enid et Albert, honnetes travailleurs du Midwest, et de leurs trois enfants Gary (homme d’affaire arriviste et alcoolique), Chip (professeur de faculté gauchiste et foucaldien) et Denise (chef cuistot à la vie sentimentale compliquée). Dans un globe mondialisé ou les Etats-Unis occupent une place centrale et nevralgique, n’importe quel occidental bercé par la société de consommation depuis sa plus tendre enfance est capable de s’identifier au destin de tel ou tel personnage des Corrections. Franzen ne fait preuve d’aucune tendresse avec son époque, et les moeurs de son pays bouffé par l’obsession du fric et l’addiction aux medicaments. Il fait preuve d’une cruauté similaire envers ses personnages, qu’il regarde se debattre en quête permanente entre leurs ideaux et leurs réalités. Mais c’est la tendresse qui finit toujours par triompher. L’amour ne sauve personne et le bonheur n’est jamais gratuit.
Les Corrections restera comme un classique absolu, une virtuosité naturaliste très XIXeme parfaitement adaptée aux enjeux d’une fiction on ne peut plus ancrée dans son époque. C’est un témoignage brillant et pertinent du désespoir qui peut agiter la civilisation occidentale. Fait remarquable : il a été ecrit avant le 11 septembre et ne s’inscrit donc pas dans cette veine traumatisée de la littérature américaine des années 2000. Il expose froidement et sans concession l’affreux déclin de l’empire américain.

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