Legolasda’s Weblog

novembre 29, 2007

Studio 60 on the Sunset Strip

Classé dans : Séries TV — legolasda @ 8:10

La télévision est un Art bien cruel. Un film, qu’il marche ou pas, a le mérite d’exister, quoi qu’il arrive. Une série, faite pour évoluer sur la durée, créant à tour de bras des personnages attachants modelés pour être chéris par une cohorte de fidèles aguéris, est constamment sur le fil du rasoir. Celui de l’audience. Studio 60 on the Sunset Strip, une des meilleures séries ayant emmergé d’un network hertzien américain ces dernières années, en a fait les frais. Ironiquement, la lutte constante entre Art, Morale et Economie, c’est tout le sujet de la série. Ce qui la rend jouissive, bouleversante, anticonsensuelle et inoubliable.

C’était la saison 2006 – 2007, Aaron Sorkin, l’auréolé créateur d’A la Maison Blanche, met au point le pilote d’une série narrant l’élaboration d’un mythique (mais fictif) show à la Saturday Night Live, sur un Network Américain (fictif lui aussi) NBS. Tous les élèments qui ont fait la gloire de cette grande série qu’est A La Maison Blanche sont ici réunis : une appelation soap de luxe, des personnages attachants. Et surtout ce délicieux optimisme, ce parti-pris consistant à traiter de façon totalement réaliste les grandes institutions américains tout en les fantasmant, dans une démarche proche de celle d’un Capra exalté et nourri de pop-culture.

Le pilote, bien que brillant, n’est pas à la hauteur du reste de la saison qui brille par son rythme constant, cet humour brillant, sophistiqué et élegant. On sent la passion de Sorkin, mais à aucun moment il ne semble croire qu’à partir de telles bases naîtra une série. Il s’est battu pour l’imposer, au final. A tel point, qu’il ne put rien faire pour continuer à l’imposer face à des audiences définitivement trop catastrophiques. Il faut dire que ça commence très fort : le producteur et directeur artistique du show pête littéralement un plomb face au refus des censeurs de le laisser diffuser un sketch critiquant fortement le lobby chrétien américain. Il interrompt l’émission et face caméra se lance dans un monologue éxpliquant au spectateur la débilité constante de la télévision américaine, le lavage de cervaux que l’institution représente. Il sera bien sur immédiatement viré.

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Ce coup d’éclat coïncide avec l’arrivée à la tête de la section divertissement de la chaine d’une jeune et intelligente femme d’affaire : Jordan McDeere (Amanda Peet, qui prouve ici l’étendu de son talent, ce que le cinéma n’avait jamais réussi à faire). Pour reprendre la tête du Studio 60, programme phare de la chaine, elle convaint deux anciennes stars du show, Matt Albie, scénariste en chef (Matthew Perrie) et Danny Tripp, producteur éxecutif (Bradley Whitford), amis et complices de longue date.

Studio 60, c’est tout l’art de Sorkin dpour créer des espace-temps de pur rêve au sein duquel des personnages idéalistes, faillibles mais talentueux, arrivent à s’insérer dans les arcanes les plus fermées et influentes du pouvoir américain.

Il en nait un grand plaisir, comme on en voit rarement à la télévision. Un plaisir intellectuel et émotionnel du à un sens de la mélancolie de l’instant tout simplement bouleversant. C’est le meilleur du soap, et ça ne bascule jamais totalement dans le soap. Ni totalement dans la caricaturisation. Ni totalement dans la satire pure et dure. En cet ère de cynisme, le showbiz (Hollywood spécialement) parvient à redevenir bandant à partir du moment ou il concède à éxposer ses failles et à avouer que ses avatars, ses talents sont des gens comme les autres. Avec des envies, des idéaux, des désirs frustrés.

La série fourmille de grands moments : de la beauté pure, comme quand la musique des invités musicaux de l’émission (fictive) vient servir les intrigues internes aux coulisses de l’émission, comme la conflictuelle mais passionnante relation amoureuse entre le personnage de Perry et l’actrice star du show (délicieuse Sarah Paulson). Rarement les liens entre création artistique et histoire personnelle n’ont été aussi bien traité que dans le petit chef-d’oeuvre de Sorkin. Mais cette émotion n’est jamais dissociée du merveilleux message politique qui sous-tend l’ensemble : Cette bataille pérmanente entre les deux versants de l’industrie audiovisuelle, l’Art et l’Economie. Il faut voir la brillante Jordan imposer à sa chaine l’achat d’une intelectuelle série sur l’ONU, logiquement destinée à la reputée chaine du cable HBO, malgré la désapprobation générale de ses patrons (mettons nous à leur place… C’est comme si TF1 passait du Michael Moore en prime time le samedi soir). Il faut voir aussi le merveilleux personnage de Whitford se débattre constamment (et le plus souvent avec succès) pour imposer les choix de la brillante équipe qui tente tous les vendredi soirs de livre un show à la fois divertissant, intelligent et respectueux du public.

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On comprend, dans un sens, l’insuccès de la série. Studio 60, en gros, ça raconte l’histoire de gens brillants, intelligents, talentueux, généreux et cultivés qui débitent des dialogues référencés à l’extreme (ça va de Strindberg à Oprah Winfrey, c’est dire) en marchant plus vite que dans les couloirs d’Urgences, tout en se posant continuellement des questions ethiques, politiques et sentimentales. L’avalanche de guests n’y fera rien (Felicity Huffman et Masi Oka, venant avec un très grand plaisir faire une petite promo pour leurs shows respectifs, Desperate Housewives et Heroes), le spectateur moyen zappera au bout de 5 minutes, à la recherche d’une de ces productions de télé réalités que Jordan McDeere, dans la sérié, combat avec tant de détermination. Comble du mauvais gout, la série prend vite fait un tour sévèrement anti-Bush, ne se contentant pas de critiquer la guerre en Irak, mais aussi le patriotisme aveugle qui animait toutes les classes sociales américaines le lendemain du 11 septembre.

Pourtant, on a pas affaire à une oeuvre inaccessible. C’est drole, spirituel, sexy et bouleversant. Les acteurs sont géniaux, les scripts incroyablement bien écrits. Et l’impression de vraiment intégrer les coulisses d’un show à succès saisissante (Le travail sur la lumière, tout en surexpositions et contre-jours, fait beaucoup à cette impression d’elegance teinté de paillettes). Il est ironique, mais finalement logique que Studio 60 tombe la faute à un système qu’il essaye en partie de dénoncer. Il est par contre injuste que cette merveille soit passée inapperçue au sein d’un paysage télévisuel qu’elle tente avec idéalisme et pragmatisme d’améliorer. Cette série réconcillie avec la télévision. C’est un hommage à ce monde de rêve, basé sur la fidelisation et l’attachement. Un outil qui, si il était utilisé à bon escient, pourrait être un merveilleux moyen de solidification sociale, une source d’intelligence, un exercice à l’esprit critique.

novembre 4, 2007

Docteur Cox… Mais qui êtes vous Perry?

Souvenez-vous, c’était il y’a quelques semaines (déjà?), et j’avais le succulent plaisir d’inaugurer ce blog avec un article plutôt bien senti sur Scrubs, mais désormais obsolète. Obsolète, me direz-vous? Et oui, car mon avis sur la série a evolué… On a beau être doté d’un certain amour propre, il n’empèche qu’on est des hommes après tout. Et même que c’est tout ce qu’on est, disait un hypothétique Jack très apprecié parmi les jeunes hommes de notre génération.

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 Mais je m’égare. Au sein de l’article en question, je qualifiais Scrubs de série certes plaisante mais mineure. Que nenni! Un visionnage intensif s’en est suivi, et une addiction maladive en a émérgé. Difficile de survivre sans sa dose quotidienne de tendresse et d’humour chelou mais jubilatoire. D’autant plus que l’évolution même de la série ne fait rien pour arranger les choses, les relations entre personnages s’intensifiant, les scénariis s’affinant, les calembourgs s’affutant. Votre cher serviteur ayant la chance de n’en être encore qu’à la moitié du visionnage de la totalité de la série (et croyez moi, je ferai durer ce plaisir aussi longtemps que possible), je suis encore en plein dans le truc et par extension j’ai choisi les mots et un personnage en particulier pour crier mon amour à cette petite merveille de sitcom medicale sans rires enregistrés.

Le choix s’offrait à moi. La série fourmille de personnages attachants et nevrosés. Question d’équilibre ici aussi, des névroses grosse comme ça, mais un humour encore plus gros comme ça. On ne s’étonnera pas de voir le médecin en chef docteur Kelso asséner des horreurs absolument inimaginables à ses collègues (ou encore pire à sa femme…) sans que cela puisse porter atteinte à la bonne humeur générale du programme. Croyez-bien que quand j’aurai encore plus approfondi le personnage, j’accorderai à la grande joie de mon cher Joe Pesci, un article tout aussi passionné au Concierge, qui le mérite certainement.  Le trio central est tout aussi jubilatoire, là n’est pas la question (on ne se lasse pas des monologues intérieurs de JD, de la black attitude de Turk, et des problèmes psychanalytique d’Eliott). Mais comme il parait qu’on reconnait un bonne fiction à la splendeur de ses seconds roles, c’est à ce cher Docteur Cox, auquel je vais m’atteler.

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Après cette fastidieuse introduction (trois paragraphes tout de même), arrivon-en au noeud du problème :

Qui êtes-vous Docteur Cox? 

Car, c’est vrai, après tout, qu’est ce qu’on en sait? Les scénaristes ont beau vous mitonner des bons petits moments d’introspection, de sincerité et d’explications concernant votre enfance et votre passif à priori tumultueux, on en reste toujours au même point. Les séances chez le psy s’enchainent. Les conseils eclairés à ceux qui vous ont prit pour modèle, on ne les compte même plus. Il reste toujours chez vous cette inconnue qui fait la grandeur des beaux personnages. D’où vous viennent ces monologues terrifiants de maitrise, de puissance comique, dictés sur un ton monocorde et implacable, de temps à autre infiltré par des purs moments de burlesque facial? Ce cynisme, cette prétention? Vous vous confiez, vous faites preuve d’intelligence et de compassion à chaque épisode. Et pourtant quand le générique du suivant touche à sa fin, vous êtes toujours là, intouchable, inamovible, coincé dans cette blouse de médecin grande gueule à la dentition délicieusement chevaline. Comment faîtes-vous? Pour rendre vos moments de sincerité à chaque fois émouvant et inhabituels alors qu’ils ont lieu si souvent?

Il y’a-t-il vraiment un acteur là-dessous? Petite recherche sur allociné… John C. McGinley… Mon dieu, mais c’est une filmographie tout à fait respectable que je vois là!  Un habitué d’Oliver Stone… Platoon, Talk Radio, Wall Street et Né un 4 Juillet… Je suis particulièrement intrigué par ce dernier, étant donné que c’est un de mes films préférés et que je n’ai pas souvenir de vous y avoir aperçu. C’est une experience à faire, vérifier si ce jeu si particulier, que ma nature hyperbolique n’hésitera pas à qualifier d’UNIQUE, a aussi une raison d’être au sein d’un autre univers que celui de celui si balisé de l’hopital Sacred Heart. Je vois aussi ici que l’année 1996 vous a été particulièrement profitable : Michael Bay (avec Rock), David Fincher (avec Seven) et encore Oliver Stone (avec Nixon). Faîtes-vous partie de cette classe de merveilleux acteurs inconnus et plus ou moins ignorés par le grand public pour cause de jeu trop marqué, de physique pas assez lisse? Avec-vous été un jeune premier?

Que voulez-vous, je suis jeune, plein de ressources, et je ne peux empecher mon imagination de cavaler de temps à autre. Je vous visualise en fier soldat d’Hollywood. Celui qui n’est pas dans l’ombre, mais pas tout à fait dans la lumière. Vous auriez pu être Tom Cruise. Vous n’avez même pas eu assez de chance pour être Robert Downey Junior. La télévision, ce média en pleine explosion fictionnelle, vous a donné une chance, comme elle en donne à tant malchanceux de l’intérpretation cinématographique.

Votre jeu tout en folie allié au calme, le feu et la glace en somme, nous infiltre et nous assome. On vous sait fervent démocrate dans la série, toujours prêt à se dévouer pour son patient tout en hésitant pas à lui donner un bon coup de pied au cul à la première occasion. Vous avez votre fierté et n’hesitez jamais à vous soulever contre l’injustice de l’establishment hospitalier. Vous arrivez à nous faire croire (et ce n’est pas un petit mérite) qu’être médecin – profession libérale si il en est – c’est être de gauche. Vous apportez à la série médicale (genre à part entière, apparemment) ce qui lui manquait, son soupçon de folie et d’insubordination, loin des derives définitivement trop soaps de Grey’s Anatomy ou du spleen devenu limite agressif au fil des années des Urgences de Chicago.

Merci, Perry, vraiment….

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octobre 17, 2007

Scrubs

Classé dans : Séries TV — legolasda @ 9:21

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Scrubs n’est pas exactement la meilleure série du monde. Loin de là, même. Les codes sont grosso modo les mêmes et incarnent cet art fusionné du feuilleton (histoire qui évolue progressivement au fil des épisodes) et du formula show (série dont la structure narrative se répète plus ou moins inlassablement d’un épisode à un autre). Scrubs est donc un pur produit du réseau hertzien etats-unien, et malgré la réjouissante liberté de ton qui caractérise le show, peu d’audaces narratives, formelles ou intellectuelles sont à constater.
Et pourtant, la série est drôle, attachante, bien écrite et bénéficie d’une interprétation soignée. Les personnages sont attachants. Les couples se font et se défont moyennement mais on ressent une certaine jubilation à voir ces beaux, drôles et complexés jeunes médecins évoluer sans jamais véritablement évoluer, retenir inlassablement les mêmes leçons sur le passage à l’age adulte et les prises de responsabilité.

En ce qui me concerne, je suis toujours fasciné par la beauté, non pas seulement des simples personnages, mais des relations entre chacun de ses personnages. Ce n’est jamais dans la création d’une entité fictive que réside le génie. Mais dans les liens qui se tissent entre ses entités, ces mêmes liens qui les font bouger, se remuer, se débattre, se secouer pour finalement les révéler à eux-mêmes. JD, l’interne rêveur gaffeur, tient en admiration son mentor grande gueule, égocentrique et névrosé, le Dr. Cox, modèle de nervosité, tout en sarcasme et en ironie. Le ressort comique naît de l’évidente jubilation devant les constantes remontrances que lui inflige son aîné. Le ressort émotionnel naît de ce non-dit : la tendresse et l’admiration que ressent le Cox pour son petit protégé.

Scrubs est donc une excellente série, un standard plus qu’honorable et qui prouve que même à travers ses aspects les plus mineurs, la série télévisée américaine se porte bien, merci.

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